Rechercher du contenu

[Chronique 29] Marc Cohen, régisseur général

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Marc Cohen est régisseur général. Il a notamment travaillé sur Chamboultout, Deux moi et Mon roi.

La liste des films que mon fils, Eliott, 11 ans, a décidé de regarder pendant ce confinement.


Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

J’étais en début de préparation du prochain film de Philippe Lacheau produit par Cinéfrance, le tournage était prévu de début juin à début août.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

À court terme, forcément, ce projet qui devait me faire travailler pendant 6 mois et qui s’arrête net est une perte de revenus immédiate. Pour l’instant, j’ai la chance d’avoir travaillé régulièrement avant, d’être soutenu par les Assédic, de profiter bientôt des congés spectacles. À long terme, je suis assez inquiet pour le cinéma en général : est-ce qu’après le déconfinement, les gens auront encore envie d’aller voir des films en salle?

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Je n’ai pas bénéficié du chômage partiel. Pour l’instant le tournage est toujours prévu et reporté ; le redémarrage de la préparation sera, j’imagine, surtout soumis à la date de fin et aux procédures de dé-confinement. Au-delà de ce projet, je redoute que la relance globale des tournages en France prenne beaucoup de temps et soit compliquée à mettre en place. À plein d’endroits, un tournage n’est pas compatible avec la mise en place de mesures “barrières” pour lutter contre la propagation ou le retour d’un virus. Sur un film : une équipe, c’est minimum 50 personnes qui se côtoient (souvent dans des lieux de tournage exigus), se déplacent quasi tous les jours dans différents lieux, partagent des repas, des véhicules, du matériel, etc… Cette situation inédite va nous obliger à inventer de nouvelles méthodes de travail pour concilier la peur de la contagion et des habitudes de tournage pas adaptées.

Les répercussions en termes logistiques peuvent être énormes pour rendre un tournage conforme aux futures contraintes destinées à combattre ce virus ou un autre, ou juste, même, pour assurer à l’équipe qu’elle va travailler dans des conditions de sécurité optimales. Pour ma part, je pense que les autorisations de tournage vont aussi, probablement, être adaptées à cette nouvelle situation. Ce qui pourrait impliquer de nouveaux coûts de production : un temps de préparation plus long pour anticiper ces nouvelles normes, la mise à disposition de matériel “barrière” (masques, gel, etc…), stérilisation/ nettoyage du matériel et les lieux de tournage (temps de location plus long)… et peut-être même une anticipation de ces problématiques dès le stade de l’écriture du scénario. Et ces éventuels nouveaux coûts de production pourraient donc encore plus creuser les écarts entre différents projets : les films bien financés qui pourront absorber ces coûts, et les autres qui auront plus de difficultés à le faire.

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Je ne travaille donc plus mais je fais le suivi des dossiers en cours : garder le contact avec les quelques décors que nous avions choisis, les fournisseurs, mon équipe… bref essayer d’anticiper un retour en prépa au mieux.

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Mon travail trouve vite ses limites avec la distanciation sociale. J’ai besoin de voir les lieux de tournage, de rencontrer les gens qui les gèrent. À terme on devra sûrement (encore) plus travailler avec les outils virtuels.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.