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[Chronique 27] Jean-Michel Bernard, compositeur

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Jean-Michel Bernard est compositeur et orchestrateur de musiques de film. On lui doit, entre autres, la musique de La Chambre des officiers, La Science des rêves et Soyez sympas, rembobinez.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

Je me préparais à partir à Bordeaux pour le concert à l’Opéra Jean-Michel Bernard and friends play Jerry Goldsmith, dans le cadre du festival Ciné-notes. Je devais ensuite aller faire un concert au Festival de musique de film d’Aubagne avec Howard Shore, puis aller chez Steinway à Londres pour un concert avec la compositrice Errollyn Wallen, puis partir à Los Angeles pour d’autres concerts, voir mon ami Lalo Schifrin, avec la délégation de l’Union des compositeurs de Musiques de Films (UCMF), etc.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Déjà, un manque artistique énorme, puis évidemment des concerts annulés, des films reportés, bref un désastre comme pour tous mes collègues artistes quels qu’ils soient.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ? Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Déjà, on retrouve un semblant de solidarité dont on avait fichtrement besoin, c’est dommage que cela arrive à cette occasion mais bon… Prenons ce qui est bon à l’être, ensuite les solutions pour les musiciens existent grâce au… télétravail en quelque sorte, disons que finalement nous sommes souvent seuls et cela ne change pas radicalement lorsque l’on travaille sur un projet de musique de film par exemple, pour les concerts c’est évidemment différent.

En même temps vos partenaires, amis, vous appellent pour de l’aide artistique, à savoir des vidéos faites pour l’occasion, des concerts confinés, etc. Cela amène à des œuvres inédites et étranges quelquefois, au vu de la situation qui ne l’est pas moins.

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Je joue au golf dans mon jardin, je paye mes factures, je fais des vidéos pour Steinway en caleçon, j’arrache des sapins qui me ruinent le dos, bref le tout-venant. J’ai la chance d’habiter un peu en-dehors de Paris et d’avoir un jardin, ce que beaucoup n’ont malheureusement pas.

Je pense aussi à tous les sans-abris qui sont frappés de plein fouet par cette crise terrible. Nous sommes des privilégiés, il ne faut pas l’oublier, avoir un toit et sa famille, et manger, n’est pas donné. Puisse cette misère actuelle améliorer la suite et surtout permettre de se désolidariser d’Amazon, “je veux ça et tout de suite…” En fait on n’en a pas besoin, point.

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Il vaut mieux voir le coté positif, sinon, déjà que c’est triste à mourir, on va se pendre au fond du jardin. C’est dur pour les jeunes, très dur, déjà que ce n’était pas facile…

Il faut que cela aide à un recentrage sur soi-même : ai-je vraiment besoin de ci, de ça. On voit bien que non, à part le PQ peut-être. À moins de vivre dans 2 m2, on peut trouver la force de dessouder la manette de jeu de la Playstation de sa main et aller vers de nouveaux horizons créatifs, il le faut absolument, c’est même vital je dirais. Pour ma part, je considère que l’on peut arriver à faire une introspection et à se dire : où est-ce que je veux vraiment aller maintenant ? J’ai du temps par la force des choses : soit je suis enfourné au fond du canapé, soit je vais tenter de créer. Question de mentalité…


Nous remercions l’UCMF, l’Union des Compositeurs de Musique de Films, de nous avoir mis en relation avec M. Jean-Michel Bernard.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.