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[Chronique 26] Arthur Harari, Cinéaste

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Arthur Harari est scénariste et cinéaste. Il a réalisé Diamant noir en 2015, et coécrit Sibyl de Justine Triet.

Bonjour, merci pour cette proposition.

Je travaillais sur les finitions de mon film, Onoda, on a réussi à le terminer à distance. Après la longue marche de la fabrication, l’arrêt soudain de ce confinement mondial. Il serait beaucoup plus décent de parler de l’épidémie, mais je n’aurais rien d’original à en dire, et de toute façon vous ne me le demandez pas. Donc, longue marche, arrêt soudain. Le rapport au temps de la plupart des réalisateurs est totalement tordu et déséquilibré, l’étirement dément des périodes de rêves, d’écriture et de financement, puis le sprint ultra intense de la fabrication, voilà une façon un peu malade d’exercer son artisanat. Le confinement semble exacerber cette tendance en déséquilibrant encore mon inscription dans le temps, si c’était possible. Le temps m’obsède un peu, mon film le montrera peut être quand il le pourra. Il est là, quelque part, nulle part, un film n’est concrètement nulle part si ce n’est dans des machines qui ne contiennent que des chiffres. Il n’est quelque part que lorsqu’il est vu, projeté, expulsé ! Et dans les têtes ensuite, donc bon là le sentiment d’inexistence existe assez fort. 

Sur le versant économique, la question se posait de toute façon avant le Covid-19 de savoir comment j’allais regagner de l’argent après avril et ma fin de droits spectacle, ça ne change pas franchement la donne.


Je suis avec ma famille, je suis dans le quotidien, il y a des moments beaux et des moments chiants. Je pleure parfois en regardant mon bébé. Je travaille avec ma compagne à l’écriture d’un film qu’elle réalisera, c’est excitant et des fois dur (toute proportion gardée). On travaille quand le bébé dort et quand la grande regarde des films ou lit des BD. J’espère que je travaille quand je dors. Pour moi, le confinement n’entrave ni ne favorise l’écriture, qui est en toute circonstance ridiculement difficile. On n’a pas envie de le faire, on doit le faire, personne ne nous a demandé de le faire, ça ne sert à rien, il y a de fortes chances que ça donne quelque chose dont on ne saura jamais si ça vaut quelque chose. On s’est fixé comme but d’atteindre quelque chose comme une percée de vérité, de beauté, comment voulez-vous qu’on y croie tous les jours ?

Merci, bon courage au jeune cinéma.

Arthur Harari


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.