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[Chronique 18] Mikael Buch, réalisateur

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Mikael Buch est scénariste et réalisateur. Il est l’auteur de Let My People Go et Simon et Théodore.

Sur quoi travaillais-tu quand est arrivé le confinement ?

Je mettais les dernières touches au scénario de mon prochain film, intitulé Le Moral des Français. C’est un film que je coécris avec Vincent Dedienne et dans lequel il jouera le rôle principal aux côtés de Chiara Mastroianni et Nathalie Baye, une comédie très libre et très personnelle autour du théâtre, de la politique, du couple, de la famille et de bien d’autres choses importantes pour Vincent comme pour moi. En parallèle, je travaillais sur un projet de série que je coécris avec Judith Havas, David Elkaïm et Vincent Poymiro. Puis, au moment de l’annonce du confinement, je m’apprêtais à commencer un tournage avec les élèves de la Fémis qui a évidemment été annulé.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour toi ? 

Les écoles de cinéma ont fermé donc mon activité d’intervenant est arrêtée. C’est une partie essentielle de ma vie sur un plan aussi bien existentiel que financier. Le contact avec les élèves m’apporte en période d’écriture un rapport au monde qui m’est devenu totalement indispensable. Je suis donc très impatient de les retrouver. En ce qui concerne mon activité de cinéaste, mon sentiment est double. Le secteur est bien évidemment bouleversé et l’économie du cinéma va être fortement touchée. Mais je crois aussi que nous n’avons jamais eu autant besoin de fiction. Le film que je viens d’écrire parle en partie de cela, de notre nécessité de vivre une vie “plus grande que la vie” grâce au rapport à l’imaginaire et à la fiction. Plus que jamais je crois dans le pouvoir qu’a le cinéma de nous confronter au réel tout en nous en libérant. Puis cela n’a jamais été facile de faire des films. En tant que cinéastes, nous sommes habitués à lutter, à résister, à chercher des façons de retourner chaque revers à notre avantage. Nous continuerons donc cette lutte avec une détermination renouvelée.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ? Est-ce que tu travailles pendant le confinement : à quoi et comment ?

Je poursuis l’écriture de mes projets, en travaillant par téléphone et par visioconférence avec mes co-auteurs et avec mes producteurs. De ce point de vue, je dois dire que le confinement m’a obligé à me concentrer sur mes écritures. Mais je commence déjà à avoir peur du vide qui ne va pas tarder à arriver et à prendre des notes pour de prochains projets. La chance du scénariste est de pouvoir inlassablement s’inventer du travail !

Est-ce que la réclusion forcée te paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Ce confinement mondialisé que nous vivons est sans précédent dans l’histoire de l’humanité et cela suscite une multitude de sentiments en chacun de nous. Il y a de la peur, de l’inquiétude, de la désolation mais aussi une volonté de réévaluer nos vies, de nous recentrer sur ce qui est réellement important. En ce sens, je trouve le confinement plutôt inspirant… à condition qu’il ne soit pas synonyme d’isolement. J’ai besoin, malgré tout, de continuer à échanger et à travailler avec d’autres. J’aime me formuler l’écriture comme un travail d’équipe. Mais ce dont je rêve le plus c’est de me retrouver à nouveau sur un plateau de tournage, retrouver une équipe, des acteurs, cette incomparable montée d’adrénaline que l’on ressent lorsque le film que l’on a rêvé se concrétise… La vraie liberté retrouvée est là pour moi.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.