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[Chronique 13] Sylvain George, cinéaste

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Sylvain George est cinéaste et écrivain. Il est l’auteur de Qu’ils reposent en révolte, Les Éclats, L’Impossible, Vers Madrid et Paris est une fête.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

J’étais et suis toujours en train de réaliser le montage d’un film sur lequel je travaille depuis un certain temps. Je ne peux pas en dire plus pour le moment…

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Des incidences sur la réalisation du film en cours tout d’abord. J’alternais des périodes de montage et tournage. J’avais prévu quelques jours de tournage de  “finition”, très importants sur Paris et à l’étranger, que je ne peux pas pour l’instant mener à bien. À Paris, la police m’a arrêté et empêché de me rendre sur les lieux concernés en dépit des autorisations et du fait que l’heure très tardive dans la nuit permettait que je ne sois pas en contact avec quiconque. Il a fallu et il me faut encore emprunter des chemins muletiers à plusieurs reprises…

Des incidences sur le travail de production ensuite, avec des contretemps que peuvent connaître des institutions avec lesquelles on peut travailler. Elles s’organisent, bien sûr, et on espère que des solutions seront mises en place rapidement, car étant une société de production de taille extrêmement modeste, on travaille à flux tendu, sans avoir de grandes réserves financières.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Il faut dégager des marges de manœuvre. C’est impératif.

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ? Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Cela est très variable. Je passe mon temps, comme la plupart des gens sans doute, à négocier des arrangements. Comme indiqué, je travaille sur un nouveau film depuis quelques temps. D’une part, le confinement ne me dérange pas outre mesure en terme de travail, à l’exception des problèmes mentionnés, me consacrant principalement, depuis plusieurs semaines, et de façon solitaire, à un travail de montage. D’autre part bien sûr, le confinement peut être très perturbant quant à l’organisation et la gestion de la sphère privée.

Mais le plus important, le plus problématique, reste pour moi non seulement ce confinement, mais la façon dont la problématique de ce virus est gérée. On sait pertinemment que le confinement n’a été mis en place que pour pallier à l’incompétence du président de la République et du gouvernement actuel. Celui-ci a été incapable de faire preuve d’anticipation, de tirer les leçons de ce qui se passait en Asie, puis en Italie, s’est montré comme à son habitude d’une arrogance et d’une suffisance qui n’est plus à prouver… La mise en place d’un état d’urgence sanitaire ne fait qu’entériner un peu plus l’usage récurrent de l’état d’urgence ; un état d’urgence qui tend à devenir permanent puisque pouvant potentiellement être inscrit, on l’a vu, dans le droit commun ; un état d’urgence qui signifie ni plus ni moins que l’état d’exception devient la règle. De la même façon, affirmer d’un ton martial, le fait que toutes critiques émises envers la gestion du gouvernement viendraient “fracturer l’union nationale” atteste s’il le fallait encore, de la dérive non seulement autoritaire mais aussi totalitaire de la “démocratie” française. Enfin, venant d’un président qui s’est mis en scène pour son intronisation “monarchique” dans la cour du Louvre, s’est réclamé d’une présidence “Jupiterienne” c’est-à-dire divine, omnisciente, n’a vanté que les mérites des “premiers de cordée”, insultant, méprisant, blessant physiquement et psychologiquement les ressortissants des couches populaires ou classes moyennes avant que de leur rendre hommage du bout des lèvres aujourd’hui (pas de primes ou de revalorisations de salaire pour les éboueurs, caissières, enseignants etc.), cette gestion catastrophique, inconséquente et “anti-démocratique” du virus Covid-19 est absolument impardonnable. Ils devront rendre des comptes.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.