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Adam de Maryam Touzani

Deux femmes se rencontrent. L’une est une veuve éplorée, mère d’une fillette de 8 ans, l’autre est une jeune femme enceinte et abandonnée. Dans un Maroc encore machiste, elles vont se faire du bien. Un film sensible et délicat.

Ce tendre et joli film trouve sa source dans la rencontre que fit, enfant, Maryam Touzani, la réalisatrice, avec une jeune femme enceinte et abandonnée que ses parents recueillirent un temps. Du combat moral que cette femme livra avec elle-même pour se résoudre à donner à l’adoption l’enfant bâtard qu’elle portait et qu’elle savait, sinon, condamné à l’opprobre et au rejet dans une société aussi traditionaliste et phallocratique que la société marocaine, Maryam Touzani tire la matière vive de son film. Alors qu’elle était enceinte à son tour, le souvenir vif du désarroi de cette femme s’est de nouveau imposé à sa mémoire. L’urgence d’écrire est alors venue et avec lui le désir de raconter deux belles figures féminines.

En les confrontant dans le huis clos de la maison, fortes et fières mais malmenées par les coutumes marocaines, la réalisatrice fait en creux le procès d’un pays qui ne sait encore ni ne veut les protéger. Abla est cette femme gelée, rompue, défendue de tout affect, figée dans la raideur par l’indicible chagrin de n’avoir pu, l’Islam le jugeant péché, toucher une ultime fois le corps de son mari adoré. Samia, si ronde, belle, sensuelle et gaie, est quant à elle parfaitement lucide sur le sort peu enviable qui l’attend, elle et l’enfant sans père qu’elle porte. Pourtant, en apprivoisant leur solitude, en exprimant leur peine, en confrontant leur abandon, l’une par la mort de l’être aimé, l’autre par sa fuite, elles retrouvent, pour l’une le désir de vivre et pour l’autre la force d’être mère, fut-elle une réprouvée. L’enfant, alors enfin regardé par sa mère, devient un fils et trouve son nom, qu’il donne au film : Adam, ce premier homme, père de l’humanité.

Adam de Maryam Touzani
Disponible en VOD le 9 avril 2020 chez Ad Vitam