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Spenser Confidential

Alerte nouvelle rubrique : prévue de longue date, reportée pour diverses raisons (notamment une procrastination aiguë), elle est destinée à être uniquement consacrée au cinéma hors salles : pas ces films qui sortent uniquement en vidéo (et souvent dans le monde entier), mais ceux disponibles uniquement sur les nouvelles plateformes de streaming dont nous raffolons.

Vous pensez immédiatement “Netflix” ? Vous n’êtes pas loin de la vérité. Mais le géant américain n’est qu’un des nombreux acteurs d’un nouveau marché. Prime Video, (bientôt) Disney+, Netflix : tous proposent des films en exclusivité. Sans compter (évidemment) les “inédits” qui nous arrivent plus discrètement sur Canal+ ou OSC (Clemency de Chinonye Chukwu, Grand Prix du festival de Sundance 2019, et The Kindness of Strangers de Lone Scherfig, ouverture de la Berlinale 2019 avec Zoe Kazan et Tahar Rahim, sont ainsi disponibles sur ce dernier service).

Le leitmotiv des Fiches est de couvrir l’intégralité des sorties dans les salles de cinéma françaises. Les films que vous trouverez dans cette rubrique sont justement “dépourvus” de ce type de sortie : ce ne doit pas être une raison pour fermer les yeux et faire comme s’ils n’existaient pas.

Pour démarrer cette nouvelle rubrique, coup de chance : Spenser Confidential, le nouveau film de Peter Berg, arrive ce vendredi 6 mars sur Netflix. Sa cinquième collaboration d’affilée avec Mark Wahlberg marque sa première incursion dans la comédie policière. Ça tombe bien, la comédie, le Berg réalisateur y a fait ses armes : son premier long est (toujours) un bijou d’humour noir, Very Bad Things (auquel on doit, malheureusement, une brochette de titres français à côté de la plaque). Si on peut émettre plus de réserves sur son film suivant (l’oublié Bienvenue dans la jungle, avec un Dwayne Johnson pas encore starifié), son sens de la mise en scène permettait aux gags d’Hancock ou de Battleship de faire mouche. Quant à Wahlberg, il a trouvé l’un de ses rôles les plus mémorables avec une comédie policière d’Adam McKay, en tandem avec Will Ferrell : Very Bad Cops (souvenez-vous de ce que j’écrivais sur les titres français…).

Le Spenser de Spenser Confidential, c’est donc Wahlberg : un repris de justice tout juste libéré et pas comme les autres… puisqu’il était flic avant son incarcération. Spenser envisage sa réinsertion en Arizona, à conduire un truck rutilant ; pour l’instant, il est coincé chez son mentor (Alan Arkin), à partager une chambre avec le taiseux Hawk (Winston Duke), pendant que son ancien supérieur finit tué à la machette sur un parking. Décidément, l’Arizona est loin pour Spenser, mais pas les ennuis.

Avec un tel pitch, la recette Berg / Wahlberg fonctionne-t-elle ? Oui, mais sans coup d’éclat savoureux. Berg est heureux de retrouver Wahlberg, et de se mettre entièrement au service de l’acteur pour un projet plus léger. Surtout, Berg est ravi de revisiter un Boston à l’opposé de la vision terrifiante de Traque à Boston, et loin des clichés “mafia irlandaise” associés à la ville (The Town ou Strictly Criminal en étant de bons exemples récents). La complémentarité entre le nerveux Wahlberg et le taciturne Winston Duke (Us) fait des étincelles, Alan Arkin en papy râleur vole les scènes où il apparaît… Mais c’est au détriment de l’enquête policière, relativement fonctionnelle et alambiquée (malgré l’apport de Brian Helgeland, monsieur L.A. Confidential !) pour pas grand-chose… si ce n’est souligner que Spenser est un anti-héros avec un code d’honneur digne de ce nom, et un cœur gros comme ça.

À sa façon, Spenser Confidential cultive de curieux paradoxes. La mise en scène de Berg est moins focalisée sur l’action que sur la comédie, et le résultat est plus posé – reposant diront les détracteurs du style “embedded” de Berg, mais un rien trop sage pour ses afficionados -, plus fonctionnel aussi. Le ton comique et léger laisse, çà et là, place à une gravité surprenante, qui aurait pu entraîner le film dans un esprit de sérieux seventies. Et Wahlberg, 48 ans, joue la sécurité au lieu d’assumer, une fois pour toutes, qu’il ne rêve que d’une chose : la carrière de Tom Cruise. Ne lui manque qu’un peu plus de star power et sa propre franchise. Pourquoi pas avec ce pastiche de Jack Reacher, volontairement moins charismatique et un peu bras cassé, mais au demeurant sympathique ? Mais par pitié, que ce ne soit pas avec Ted !

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