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Les newsletters auxquelles vous avez échappé

Newsletter du 11 mars

Chers lecteurs,

Les films sont parfaits – tous les films. Même quand “au fond, il n’y a rien”, ils forment un tout, un univers cohérent et rassurant ; s’ils sont systémiquement beaux, le beau n’y fraie qu’avec le beau ; s’ils sont systémiquement mauvais, dans un entre-soi profitable le mauvais y commerce avec le mauvais (si le médiocre parfois fait un appel d’air, il ne corrompt pas le biotope).

Voilà ce que j’avais, chers lecteurs, commencé à écrire pour la newsletter de ce 11 mars. Avez-vous la moindre idée de ce que j’entendais par là ? Pour être honnête, moi non plus. Je me suis donc efforcé de trouver une autre idée :

Imaginons que, dans un film, un jeune homme connaisse une jeune fille avec qui construire quelque chose, un monde et un amour dedans, un amour et un monde autour (on trace un cercle puis un point en son milieu, ou un point puis, autour, un cercle, et en fin de compte on découvre que le cercle était le point, ou le contraire) – et après, quoi ? Allez savoir : une fois encore, je me trouvais au pied du mur.

Une âme bonne et charitable, que j’avais alertée sur mon manque d’inspiration, a offert de m’envoyer le fichier d’un film sortant ces jours-ci, un drame dans lequel, peut-être, puiser quelques idées. Mais elle s’est trompée de lien : c’était un film pour enfants avec des hiboux qui parlent. Près de me décourager, j’ai décidé de penser à autre chose – façon de ne penser qu’à ça, mais par la bande, pour mieux feinter ma flemmardise.

Au lieu de reprendre ma lecture de L’Amant de Lady Chatterley, j’ai allumé la télé et regardé L’Équipe du soir, une émission dont les chroniqueurs débattaient de l’opportunité de disputer à huis clos des matchs de foot, coronavirus oblige – que vaut un sport, qui plus est le plus populaire au monde, sans les acclamations d’une foule ? Le plaisir est-il inchangé ? Pour les joueurs, est-ce d’une certaine façon renouer avec l’enfance et jouer comme dans la cour de l’immeuble, comme dans un terrain vague, et devant le public qu’ils auront eux-mêmes imaginé ?

On montrait des images : plus tôt dans la soirée, le speaker du RC Lens (qui affrontait Orléans) s’était enthousiasmé devant des tribunes vides – “BUUUUUT… POUR… LE RACING CLUUUB… DE LENS !” La veille, à Turin, Cristiano Ronaldo avait salué des spectateurs imaginaires à son arrivée au stade. Autant de scènes qui, pour moi, avaient la texture du rêve (inquiétant, le rêve), celle-là même qui, souvent, manque à ces powerpoints narratifs qui usurpent le nom de film. Que seraient, me suis-je dit, des films qui eux aussi se joueraient à huis clos, dans des salles dépeuplées ? Que vaudrait un regard caméra destiné à un public absent ? À quoi rêvent les postes de radio quand nous oublions de les éteindre en partant travailler ? J’ai pensé que je tenais là une bonne idée de newsletter – aussi, enfin soulagé, et plutôt que de l’écrire, me suis-je aussitôt endormi.

D’ailleurs, y avait-il là matière à écrire une newsletter ?

À cette heure, ma décision est donc prise : il vaut mieux s’avouer vaincu, et communiquer plutôt sur une nouvelle réjouissante : ce lundi Les Fiches du cinéma ont bouclé L’Annuel du cinéma 2020, ouvrage de 808 pages dans lequel sont notamment rassemblés les critiques, résumés et fiches techniques des 685 films sortis en 2019.

C’est un ouvrage de référence, conçu contre vents et marées, au prix de semaines de travail et de nuits blanches, et comme nous ne doutons pas qu’il saura vous passionner, vous le trouverez à ce lien et, pour les quelques jours qui viennent, à un tarif préférentiel.

Thomas Fouet

Newsletter du 11 mars 2020
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