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La Communion de Jan Kosama

Une mise en scène au cordeau, un scénario percutant et l’incroyable interprétation du très charismatique B. Bielena font de cette Communion, qui représentait la Pologne aux Oscars, un drame passionnant qui nous donnerait presque envie de retourner à l’église.

Avec : Bartosz Bielenia (Daniel), Aleksandra Konieczna (Lidia), Eliza Rycembel (Eliza), Tomasz Zietek (“Pinscher”), Barbara Kurzaj (la veuve), Leszek Lichota (le maire), Zdzislaw Wardejn (le prêtre), Lukasz Simlat, (le prêtre Tomasz), Anna Biernacik (l’amie de Marta), Lidia Bogacz (la mère), Malwina Brych (la fille), Bogdan Brzyski (le fils de Molinska), Juliusz Chrzastowski (le policier).

En Pologne, Daniel, 20 ans, quitte un centre de détention pour mineurs où il est un fervent adepte catholique. Il rêve de faire son séminaire, mais ne le peut pas, car il a un casier. Il sort, se drogue, couche avec une fille et part en car pour la campagne où il doit intégrer une menuiserie. Arrivé au village, il se rend à l’église où il fait croire à une paroissienne qu’il est prêtre. Il rencontre le curé et se présente comme le père Tomasj, le nom de son mentor. Quand le prêtre peine à se lever après avoir forcé sur l’alcool, il demande à Tomasj de le remplacer.

SUITE…

Tomasj déjeune chez la gouvernante du curé et sa fille, Eliza, dont le frère est mort dans un accident de voiture qui a coûté la vie à six jeunes du village. Tomasj discute avec des jeunes qui évoquent l’accident, et va trouver Martha, la femme du chauffard incriminé, qui vit recluse. Daniel découvre qu’un de ses anciens congénères du centre, Pinscher, travaille à la menuiserie. Eliza lui raconte que les jeunes s’étaient saoulés avant l’accident. Pinscher demande de l’argent à Daniel pour garder son secret. Tomasj lance une collecte pour l’enterrement du “chauffard”, ce qui agace des habitants. Il couche avec Eliza. Sa grange est brûlée. Le village se réunit. Tomasj organise une procession de la maison de Martha au cimetière. Le vrai père Tomasj voit Daniel et lui interdit, en privé, de continuer. Daniel s’échappe et, à l’église, se révèle devant les fidèles. Il retourne au centre de délinquants, d’où il s’enfuit.

Commentaire

Le film s’est glissé sans grand ramdam dans la “short list” des nommés au titre de Meilleur film étranger lors de la dernière cérémonie des Oscars. Boudé en définitive au profit du rouleau compresseur Parasite, La Communion aura quand même gagné en visibilité, ce dont on ne peut que se réjouir. C’est qu’il y a dans ce drame, le premier de Jan Komasa à trouver le chemin des salles françaises, une force peu commune et une efficacité scénaristique imparable. Le réalisateur s’est inspiré d’une histoire vraie, celle d’un jeune homme de 19 ans qui s’est fait passer pour un prêtre dans une petite ville de province. Voilà donc Daniel, tout frais sorti d’un centre pour délinquants où la violence fait loi, qui débarque dans un village éploré par un accident qui a coûté la vie à six jeunes. Daniel y va au culot, et ses talents de prédicateur comme sa profonde empathie emportent le cœur des fidèles. Pour incarner le personnage principal, Komasa a choisi Bertosz Bielena, que le réalisateur décrit comme “très charismatique et zélé”. Un coup de génie, tant le jeune acteur parvient à crédibiliser le parcours de Daniel, sa quasi-immédiate transformation de jeune fêtard en prêtre bienveillant, de loup solitaire en fédérateur de communauté. Le regard, l’attitude, rien n’est feint, et Bielena illumine par l’intensité de sa performance cette chronique rurale. À travers lui et les problèmes de la communauté, le long métrage aborde aussi sans détour de nombreux thèmes toujours aussi terriblement actuels : l’impossible réinsertion, l’absence de sens, la violence. Certaines séquences, notamment au centre de détention, en deviennent presque insupportables.

 

Scénario: Mateusz Pacewicz Images : Piotr Sobocinski Jr. Montage : Przemyslaw Chruschelewski 1er assistant réal. : Franek Boberek Musique : Evgueni & Sacha Galperine Son : Kacper Habisiak, Marcin Kasinski et Tomasz Wieczorek Décors : Marek Zawierucha Costumes : Dorota Roqueplo Maquillage : Aneta Brzozowska Casting : Pawel Czajor et Konrad Bugaj Production : Aurum Film Coproduction : Les Contes Modernes, Canal+ Polska et WFS Producteurs : Aneta Hickinbotham et Leszek Bodzak Coproducteurs : Patrice Nezan, Piotr Walter, Manuel Rougeron, Frédéric Berardi et Marek Jastrzebski Distributeur : Bodega Films.

118 minutes. Pologne – France, 2019 Sortie France : 4 mars 2020