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[Chronique 7] Pierre Salvadori, Cinéaste

Je commence à ressembler à un chien collé à la fenêtre en attendant sa promenade.”

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Pierre Salvadori est scénariste et cinéaste. Il est notamment l’auteur de Cible émouvante, Les Apprentis, Après vous, Dans la cour, En liberté !

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

La préparation de mon film La Petite Bande venait de démarrer . Nous avions commencé les repérages et le casting. 

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Il y a pas mal de scènes, avec des enfants dans une rivière. Nous ne pouvons les tourner qu’en été, pour des raisons de météo et de sécurité.  Si nous parvenons à le faire avant la fin août ça ira.  Si nous ne pouvons pas tourner ces scènes, le tournage du film devra être décalé d’un an. Dans ce cas, je finirai d’écrire un autre scénario (Vénus Electrificata) déjà bien avancé et reprendrai la prépa de La Petite bande au printemps prochain.
Il n’y aura pas de complications professionnelles, seulement des contraintes, des reports mais rien d’insurmontable ou de pénalisant. 

Economiquement, je devrais m’en sortir. Je travaille avec le même producteur depuis plus de 25 ans. L’arrangement que j’ai avec lui et le fait de pouvoir jongler entre les deux projets devrait me permettre de “tenir”. De l’avantage d’être fidèle !

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Le premier assistant planche sur un autre plan de travail qui nous permettrait de décaler le tournage. 

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

On échange mails, photos et idées avec mes collaborateurs, mais ce n’est pas aussi créatif qu’en prépa.

J’essaie d’améliorer le scénario, de le raccourcir pour des raisons de budget.  J’ai beaucoup de mal à écrire puisque qu’il faut aussi faire travailler les enfants. 

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

J’ai toujours écrit reclus et confiné. J’ai besoin d’immersion. Je peux rester sans problème huit semaines loin de mes proches, enfermé dans une maison pour écrire des dialogues. Mais seul !  Là c’est impossible. On ne peut pas  s’isoler dans un appartement où l’on vit à quatre. S’isoler c’est mettre la charge sur l’autre. On doit s’occuper les uns des autres.  Veiller à vivre au mieux ensemble. Chacun doit participer. J’écris un peu la nuit, mais bon… c’est pas terrible. 

Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.