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[Chronique 4] Stéphane Goudet, exploitant

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Stéphane Goudet est critique de cinéma pour la revue Positif, maître de conférences et directeur artistique du cinéma Le Méliès de Montreuil.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

Au Méliès de Montreuil, nous travaillions notamment, en attendant le festival de Cannes, sur la programmation d’une reprise des films préférés de l’équipe sur les 6 derniers mois, et sur l’accueil des équipes invitées pour les mois de mars et avril.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Le Méliès a fermé ses portes dès l’annonce par Édouard Philippe d’une interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes, peu avant la fermeture de tous les cinémas. La perte d’exploitation est donc totale depuis ce jour.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ? Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Il n’y a aucune adaptation possible qui puisse amoindrir ces pertes financières, tant que le confinement s’applique. Mais la santé des spectateurs et des membres de l’équipe, comme celle de tous les citoyens, est évidemment une priorité absolue. Un projectionniste passera chaque semaine en cabine jusqu’à la réouverture pour que le matériel soit vérifié et entretenu régulièrement. Quant à nous, à la programmation, nous voyons des films, dont la sortie est simplement repoussée, tout en réfléchissant à la possible reprogrammation des films qui étaient en cours d’exploitation lorsque nous avons fermé.

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Cette réclusion n’entrave pas véritablement la programmation, même si les projections presse sont interdites. Nous voyons les films par lien ou sur le site des salles de l’AFCAE artetessai.org, outil professionnel incontournable de cette période. Mais bien sûr, le travail d’accompagnement des films, le dialogue avec les cinéastes et les spectateurs est suspendu. Nous allons simplement nous efforcer d’indiquer via les réseaux sociaux et le journal de la ville, quels conseils donner pour voir quelques grands films libres de droits sur internet. Nous travaillons également sur deux projets avec notre autorité administrative et politique, l’Établissement Public Territorial Est Ensemble : une reprise dès la rentrée d’une université populaire du cinéma, qui assumera de donner de vrais cours d’analyse de film en salles dès septembre, et un concours de films confinés baptisé “Courts intérieurs”.

Évidemment, il s’agit bien, pour les spectateurs-filmeurs, comme pour nous, de retourner l’entrave en invention. On sait dès à présent que l’année 2020 sera très faible en termes d’entrées, après une année 2019 exceptionnelle (366 000 entrées dans nos 6 salles art et essai). Espérons que ce confinement ne renforce pas trop les plateformes au détriment des salles de cinéma et que tout le monde retrouve le chemin des salles. En misant aussi sur l’intelligence des distributeurs pour qu’une harmonisation minimale des sorties évite le grand embouteillage et les collisions frontales. Mais on peut raisonnablement penser que le désir de sortir entre amis et d’être mêlé dans une salle à un public nombreux pour partager ses émotions reviendra assez vite après ces semaines d’isolement.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.