Rechercher du contenu

[Chronique 2] Claire Diao, critique et distributrice

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Claire Diao est critique de cinéma et membre du comité de sélection de la Quinzaine des Réalisateurs. Elle anime l’émission Ciné Le Mag sur Canal + et dirige la société de distribution Sudu connexion, ainsi que le journal Awotélé – tous deux dédiés au cinéma produit sur le continent africain.

Sur quoi travaillais-tu quand est arrivé le confinement ?

J’étais en plein visionnage pour la Quinzaine des Réalisateurs, je présentais l’émission hebdomadaire Ciné le Mag et je faisais tourner ma boîte de distribution Sudu Connexion.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour toi ? 

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Est-ce que tu travailles pendant le confinement : à quoi et comment ?

Le premier impact du confinement, je l’ai ressenti lorsque l’ensemble des festivals de cinéma qui avaient sélectionné les films de Sudu Connexion (Festival des Droits de l’Homme et de Fribourg en Suisse, True/False aux Etats-Unis, Cinéma du Réel, la Fête du Court, Reflets des cinémas africains en Mayenne, les Maquis culturels de Clap Noir en France, le Festival de Cine Africano e America Latina en Italie) ont été annulés. Cela a été une grande tristesse pour les équipes de ces événements et pour mes équipes qui se donnent à fond pour rendre les projections possibles.

La déception de nos cinéastes sera cependant palliée par quelques alternatives comme des plateformes VOD (Tënk), ou des compétitions maintenues malgré l’absence de public (True/False). D’un point de vue économique, si nous ne vendons ou louons plus nos films, nous ne pourrons plus travailler. Sauf si les TV et les plateformes VOD se mettent en masse à acheter du contenu. Pour l’instant, nous profitons de l’accalmie pour mener toutes les tâches de fond que nous ne pouvions pas faire jusqu’ici, en espérant que cela ne dure pas trop longtemps non plus.

Puis Maxime Saada, le patron de Canal +, a annoncé la fermeture de tous les studios de tournage de la chaîne. Nous avons fait un test en tournant mon émission Ciné Le Mag via Skype et sommes en attente d’un retour de la direction. En cas de refus, des Best-of seront diffusés.

Enfin, du côté de la Quinzaine des Réalisateurs, rien n’a changé, hormis le fait que nous ne nous réunissons plus dans des salles de cinéma pour visionner ensemble. Nous échangeons tous les jours et les professionnels jouent le jeu en nous envoyant des liens de leurs films. Mais c’est assez étrange de visionner sans savoir quand ni où aura lieu cette édition 2020.  

Est-ce que la réclusion forcée te paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Je passe l’année à voyager et j’avais déjà prévu de me sédentariser entre mars et avril. Cela n’a donc pas bouleversé outre-mesure mon programme. Le fait de travailler presque toujours à distance me facilite aussi la tâche. Je serai bien plus malheureuse si soudainement le wifi s’arrêtait car c’est ma principale source de communication avec le monde, d’un point de vue professionnel mais surtout personnel car ma famille est éparpillée.

Je trouve que cet instant, aussi dramatique qu’il soit, est également nécessaire : il nous remet face à nous-même et à notre mode de fonctionnement. Je pense que l’Occident est arrivé à la limite de son système qui pollue et dérègle l’ensemble de la planète au bénéfice d’une toute petite poignée de personnes. Si nous sommes incapables de nous auto-réguler, alors la nature nous rappelle régulièrement que nous ne sommes que des mortels de passage sur cette planète : le Tsunami en 2004, la grippe A en 2009, le volcan Eyjafjoll en 2010… En ce sens, la science-fiction est une science sociale d’anticipation !

De plus, le fait d’avoir grandi dans une double culture me permet également de minimiser les choses. Quand je vois des Australiens se taper dessus pour du papier WC alors qu’une partie du monde n’en a jamais utilisé, cela me fait rire ! Car je réalise que ce que nous considérons ici comme des acquis ne sont, au final, que des privilèges…