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Chers, chers (chers), lecteurs,

Newsletter du 18 mars

 

Chers lecteurs,

On ne va pas faire de littérature. D’ailleurs, vous le savez : ce n’est pas le genre de la maison. On s’en donne bien des airs de temps à autre (ici, un adjectif tombé en désuétude, là une tournure de phrase un peu alambiquée), mais personne n’est dupe. On ne va pas faire trop long, non plus – ça, c’est en revanche un peu nouveau.

À l’heure qu’il est je suis donc chez moi, installé devant un film (“Regarde, me disais-je à l’instant : c’est merveilleux, ce plan raté n’aurait pu l’avoir été mieux”, mon persiflage habituel, parole-doudou, façon, sans doute, de ne pas céder à l’angoisse ; chacun ses petits stratagèmes), l’ordinateur sur les genoux, le café à portée de main, et j’en suis à me demander ce que je pourrais bien écrire qui ne puisse sembler déplacé. Pour tout vous dire : hier soir, tandis que je faisais quelques derniers achats à l’épicerie du coin, les points d’exclamation ponctuant les pancartes promotionnelles du rayon fruits (“Fraises bio d’Espagne : Promo ! À saisir !”) m’ont paru déplacés. « Alors, quoi, me suis-je dit en mon for intérieur, vous trouvez qu’il y a des raisons de s’exclamer !”C’est dire la délicatesse de l’exercice qui m’incombe. Mais, tout confiné que l’on soit, on ne va pas cesser de vivre, ni de parler de cinéma (et de tout ce qu’il vous plaira). Et pour cela, je sais pouvoir compter sur vous, chers (chers) lecteurs.

Par conséquent, commençons par l’essentiel, ce pour quoi je suis payé (croyez bien que j’en suis le premier étonné) et qui, en tant qu’abonnés à cette newsletter, vous intéresse au premier plan. À titre exceptionnel, et comme vous pouvez l’imaginer, nous ne sommes pas en mesure de partager avec vous notre traditionnel hebdo : à présent, et jusqu’à nouvel ordre, les salles sont fermées et, en amont des mesures gouvernementales, de nombreux films figurant dans notre mensuel de mars (c’est le cas par exemple de Pinocchio, que nous avions choisi de mettre en couverture), avaient d’ores et déjà été déprogrammés. Pour autant, nous ne cessons pas de travailler (à une distance qui n’exclut pas l’amitié) et, surtout, nous réfléchissons aux options qui s’offrent à nous pour vous donner de nos nouvelles. Mais aussi à l’opportunité, et aux différentes façons, de vous tenir informés de la façon dont les acteurs des milieux du cinéma (réalisateurs, producteurs, distributeurs, exploitants, attachés de presse, critiques…) s’efforcent, comme tant d’autres métiers, de composer avec ce contexte inédit. Il va falloir faire preuve d’imagination. Ça tombe bien : nous y sommes disposés. Restez à l’écoute, comme on dit à la radio : nous vous en dirons plus bientôt.

Enfin (et tout en soulignant le bien-fondé du dispositif : on ne plaisante pas avec la santé publique), vous me permettrez d’avoir un petit mot pour ceux dont les mesures de confinement vont redoubler la solitude, et qui vont vivre, en somme, un confinement dans le confinement ; d’adresser mes pensées les plus affectueuses à ceux qui, isolés, souffrants, en situation de handicap, sans-abri, réfugiés ou prisonniers (la liste n’est pas exhaustive), vont connaître des temps pénibles, aux assignés à résidence dans de petits appartements, et qui auront sans doute quelques difficultés à suivre les conseils que, çà et là, je vois fleurir dans la presse bourgeoise (pousser les meubles du séjour de 58m2 pour aménager un espace de jeu aux enfants et un coin Pilates pour papa).

Une fois encore, je m’en rends compte, je me suis montré trop long. On ne change pas ses habitudes, bonnes ou mauvaises. C’est même ainsi, sans doute, qu’on continue à vivre.

Je vous transmets mes amitiés, et me permets d’y associer toute la rédaction des Fiches du cinéma. Nous aimons à penser que nous sommes, vous et nous, bien davantage qu’une clientèle et une revue : une forme de communauté. Nous allons donc nous donner des nouvelles très prochainement. D’ici là, portez-vous bien.

 

Thomas Fouet

 

 

Newsletter du 18 mars 2020
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