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Dark Waters de Todd Haynes

En mettant en scène le combat solitaire d’un avocat contre un géant capitaliste néfaste, Todd Haynes plonge dans un cinéma hollywoodien étonnamment classique, mais en profite pour justement explorer et interroger l’héroïsme au cœur de son dispositif.

Avec : Mark Ruffalo (Rob Bilott), Anne Hathaway (Sarah Barlage Bilott), Tim Robbins (Tom Terp), Bill Pullman (Harry Dietzler), Bill Camp (Wilbur Tennant), Victor Garber (Phil Donnelly), Mare Winningham (Darlene Kiger), William Jackson Harper (James Ross), Louisa Krause (Carla Pfeiffer), Kevin Crowley (Larry Winter), Bruce Cromer (Kim Burke), Denise Dal Vera (Sandra Tennant), Richard Hagerman (Joe Kiger), Scarlett Hick (Amy Tennant), Bella Falcone (Crystal Tennant), Jeffrey Grover (Edward Wallace), Kelly Mengelkoch (le docteur Mary Sue Kimball), Missy Piper (Della Tennant), Jim Azelvandre (Jim Tennant), Graham Caldwell, Keating P. Sharp, David Myers Gregory, Trent Rowland, Jon Osbeck, John Newberg, Abi Van Andel, Brian Gallagher, Sydney Miles.

Robert Billot reçoit la visite de fermiers, voisins de sa mère, au riche cabinet d’avocats dont il vient d’être nommé partenaire. Ils le croisent à peine, mais lui laissent des cartons de documents à charge contre la puissante compagnie DuPont. Après cette visite incongrue, Billot se rend dans son village d’origine et découvre que les accusations rapportées par le fermier, Tennant, ont un fondement. Billot voit en effet de ses yeux la pollution créée par les déchets de l’usine DuPont, les dégâts causés aux animaux, et mêmes à leur propriétaire. Il décide de poursuivre DuPont, pourtant un bon client de sa firme. Soutenu par son épouse, Sarah, ainsi que par son supérieur, Tom Terp, révolté par les révélations des pratiques de DuPont, Billot réussit à les mettre rapidement en difficulté, et obtient des compensations pour Tennant, qui meurt peu après d’un cancer.

SUITE…

Billot décide d’attaquer en justice DuPont pour les dégâts infligés à la région, et organise à cet effet une vaste analyse de sang des habitants, pour déterminer l’étendue exacte des ravages. L’attente des résultats se prolonge pendant des années. La population en veut à l’avocat de mettre en danger le principal pourvoyeur d’emplois de la région. Billot devient paranoïaque et devient distant avec ses proches. Les résultats sont finalement positifs, mais DuPont revient sur sa promesse de les respecter. Billot les poursuit au cas par cas, au nom de chaque habitant, gagnant chaque procès jusqu’à les forcer à un règlement global.

Commentaire

L’étrangeté des premiers plans de Dark Waters s’explique par la personnalité et la carrière de Todd Haynes. L’auteur intraitable, qui mit sans arrêt son indépendance au premier plan, dans un film de procès ? À première vue, le film respecte en effet tous les marqueurs d’un certain cinéma engagé actuel, traversé de réminiscences du celui du nouvel Hollywood : un avocat qui découvre l’idéalisme, une compagnie tentaculaire et menaçante, un combat solitaire et héroïque. Rien ne manque à l’appel, pas même l’histoire vraie, fondation et garante d’une authenticité pas toujours sincère. Et, malgré le regard toujours perçant de l’auteur, rien ne permet au film de se démarquer en ces premiers instants. Puis, enfin, la mécanique se détracte. Pas entièrement, Haynes jouant bien avec ce long métrage dans une cour plus classique et délimitée. Mais le jeu avec ces limites devient précisément l’espace de création du metteur en scène, qui observe son héros intrépide sombrer dans une lente folie, accompagnant son combat titanesque, mais aussi obsessionnelle. Qu’est-ce qu’un héros justement, surtout dans la vision toujours trop claire qu’en donne Hollywood ? Haynes s’approprie cette question, et fait de Dark Waters une réflexion sur la nature même de cette volonté de justice que l’on présente souvent comme évidente, mais dont les répercussions sont toujours complexes. S’enfermant dans sa quête, s’éloignant des siens, s’identifiant avec sa cause, l’avocat oscille entre le monstrueux et l’admirable. Et le réalisateur rappelle ainsi, en osant jouer sur le terrain du cinéma américain classique, la fragilité des modèles érigée en vérité absolue.

 

Scénario : Mario Correa et Matthew Michael Carnahan D’après : l’article The Lawyer Who Became DuPont’s Worst Nightmare de Nathaniel Rich (2016) Images : Edward Lachman Montage : Affonso Gonçalves 1er assistant réal. : Timothy Bird Scripte : Belle Francisco Musique : Marcelo Zarvos Son : Drew Kunin Décors : Hannah Beachler Costumes : Christopher Peterson Effets visuels : Christine Haney Dir. artistique : Jesse Rosenthal Maquillage : Patricia Regan Casting : Laura Rosenthal Production : Participant et Killer Films Producteurs : Mark Ruffalo, Christine Vachon et Pamela Koffler Distributeur : Le Pacte.

126 minutes. États-Unis, 2019 Sortie France : 26 février 2020