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La Vie invisible d’Euridíce Gusmão

Rio, années 1950. Les destins divers et contrariés de deux sœurs en proie au patriarcat. Avec ce mélodrame haut en couleurs, Karim Aïnouz dresse une épopée ambitieuse autant qu’intime, et dresse d’évidents parallèles avec le Brésil contemporain.

Dans le Rio des années 1950, deux sœurs soumises au poids des traditions et de l’intolérance se retrouvent séparées. L’une expérimentera l’indépendance et la marginalité, au prix de nombreux sacrifices, tandis que l’autre se pliera tant bien que mal à la volonté d’un père conservateur et d’un mari lâche. Adapté d’un roman de Martha Batalha, le nouveau film de Karim Aïnouz (La Falaise argentée, Praia do futuro) puise dans le meilleur du mélodrame historique (sa force romanesque, sa poétique de la détresse, ses personnages flamboyants aux destins contrariés). Conjuguant épopée intime et fresque sociale, l’œuvre fait de son jeu de miroirs un écrin de choix pour ses réflexions. Parmi elles, la condition féminine, de son oppression à son émancipation.

Si l’audace formelle et l’écriture trahissent quelques excès démonstratifs, le long métrage émeut néanmoins par sa force évocatrice ainsi que par les formidables interprétations de Carol Duarte et Julia Stockler. Plus frappantes encore sont ses allusions politiques, qui ne manquent pas de faire écho à l’actualité d’un pays en crise. De sa charge contre le patriarcat brésilien à ses portraits de femmes et de familles contemporaines, La Vie invisible d’Euridíce Gusmão cloue au pilori le régime ultra conservateur de Jair Bolsonaro. Lors de la présentation de son film au festival de Cannes – sacré plus tard par le jury Un Certain Regard – Aïnouz déclarait d’ailleurs : “La peur dévore l’âme de R.W. Fassbinder est l’une de mes œuvres préférées. Je ne rajouterai alors qu’une chose : l’intolérance dévore l’âme”.

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Simon Hoarau

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Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 11 décembre – dans le n°2182 des Fiches du cinéma.
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