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La Vie invisible d’Eurídice Gusmão de Karim Aïnouz

Rio, années 1950. Les destins divers et contrariés de deux sœurs en proie au patriarcat. Avec ce mélodrame haut en couleurs, Karim Aïnouz dresse une épopée ambitieuse autant qu’intime, et dresse d’évidents parallèles avec le Brésil contemporain.

Avec : Carol Duarte (Eurídice), Julia Stockler (Guida), Gregório Duvivier (Antenor), Bárbara Santos (Filomena), Flávia Gusmão (Ana), Maria Manoella (Zelia), Antônio Fonseca (Manuel), Cristina Pereira (Cecilia), Gilray Coutinho (Afonso), Fernanda Montenegro.

Brésil, 1950. Guida, 20 ans, et Euridice, 18 ans, sont deux sœurs à la relation fusionnelle. Un soir, Guida fugue à Athènes avec son amant, Yorgos. 1951. Par l’entremise de son père, conservateur et misogyne, Euridice se marie avec Antenor. Tombant enceinte contre sa volonté, elle renonce à devenir pianiste. Guida, enceinte et célibataire, revient au domicile parental. Son père la renie et lui fait croire que sa sœur a intégré un conservatoire à Vienne. Guida accouche et élève seule son fils. Elle envoie des lettres – adressées à Euridice – à sa mère, espérant qu’elle les lui transmettra. Quant à Euridice, elle engage un détective privé pour retrouver sa sœur qu’elle croit être en Europe.

 

SUITE… Plus tard. Sans réponses, Guida continue d’écrire, ignorant que sa mère est décédée. Elle troque son identité avec celle de Filomena, une amie chez qui elle habite, afin de garder sa maison lorsque celle-ci décède. Cela induit en erreur le détective, qui annonce à Euridice son décès. Suite à une maladresse de son père, Euridice comprend qu’il l’avait revue, mensonge qu’il justifie par son désir de la protéger. Dévastée, Euridice brûle son piano, alors même qu’elle vient d’être admise dans un conservatoire. Le médecin la diagnostique dépressive et annonce une deuxième grossesse. Plus tard. Euridice, désormais âgée, découvre les lettres de Guida dans les affaires de son mari défunt. Elle se rend à l’adresse indiquée et rencontre la petite-fille de Guida, qui est morte. Apaisée, elle se remémore des souvenirs en sa compagnie.

Commentaire

Dans le Rio des années 1950, deux sœurs soumises au poids des traditions et de l’intolérance se retrouvent séparées. L’une expérimentera l’indépendance et la marginalité, au prix de nombreux sacrifices, tandis que l’autre se pliera tant bien que mal à la volonté d’un père conservateur et d’un mari lâche. Adapté d’un roman de Martha Batalha, le nouveau film de Karim Aïnouz (La Falaise argentée , Praia do futuro) puise dans le meilleur du mélodrame historique (sa force romanesque, sa poétique de la détresse, ses personnages flamboyants aux destins contrariés). Conjuguant épopée intime et fresque sociale, l’œuvre fait de son jeu de miroirs un écrin de choix pour ses réflexions. Parmi elles, la condition féminine, de son oppression à son émancipation. Si l’audace formelle et l’écriture trahissent quelques excès démonstratifs, le long métrage émeut néanmoins par sa force évocatrice ainsi que par les formidables interprétations de Carol Duarte et Julia Stockler. Plus frappantes encore sont ses allusions politiques, qui ne manquent pas de faire écho à l’actualité d’un pays en crise. De sa charge contre le patriarcat brésilien à ses portraits de femmes et de familles contemporaines, La Vie invisible d’Euridíce Gusmão cloue au pilori le régime ultra conservateur de Jair Bolsonaro. Lors de la présentation de son film au festival de Cannes – sacré plus tard par le jury Un Certain Regard – Aïnouz déclarait d’ailleurs : “ La peur dévore l’âme de R.W. Fassbinder est l’une de mes œuvres préférées. Je ne rajouterai alors qu’une chose : l’intolérance dévore l’âme.

Scénario : Murilo Hauser, Inés Bortagaray et Karim Aïnouz D’après : le roman A Vida invisível de Eurídice Gusmão de Martha Batalha (2016) Images : Hélène Louvart Montage : Heike Parplies 1re assistante réal. : Nina Kopko Musique : Benedikt Schiefer Son : Laura Zimmerman Décors : Rodrigo Martirena Costumes : Marina Franco Effets visuels : Emerson Bonadias et Eduardo Amodio Maquillage : Rosemary Paiva Production : Canal Brasil et Pola Pandora Filmproduktions Coproduction : RT Features Producteurs : Rodrigo Teixeira et Michael Weber Producteurs délégués : Camilo Cavalcanti, Marina Coelho, Viviane Mendonça, Cécile Tollu-Plonowski et André Novis Producteur associé : Michel Merkt Distributeur : ARP Sélection
139 minutes. Brésil – Allemagne, 2019 Sortie France : 11 décembre 2019