Rechercher du contenu

L’effondrement

Quand la jeune génération envisage la fin du monde, ça donne cette curieuse anthologie : huit histoires indépendantes, aussi plausibles que pessimistes. Le tout dans une réalisation foutraque mais au service du message.

Les Parasites, c’est sous ce nom qu’officient collectivement les trois auteurs-réalisateurs de cette série. A peine trentenaires, anciens élèves de l’EICAR (École Internationale de Création Audiovisuelle et de Réalisation), ils se sont illustrés par plusieurs courts-métrages « engagés », diffusés avec succès sur You Tube. Leur projet d’Effondrement, bien dans l’air du temps mais singulier dans sa forme, a assez logiquement séduit le label Création décalée de Canal +… et piqué notre curiosité.


Passé l’étonnement devant les premières images qui nous rappellent vaguement un certain cinéma expérimental, on comprend le parti-pris du plan séquence, seul capable de donner autant de véracité à l’intention. Effectivement, quoi de mieux pour convaincre les collapso-sceptiques que de suivre « en direct » les actions / réactions de personnages qui sont autant de vous-et-moi, en situation de « que ferait-on si… ? ».
Si au Supermarché, les rayons étaient quasi vides, si à La Station-service, il n’y avait plus du tout d’essence, si les citadins devaient fuir pour trouver un Hameau nourricier, si les ultra-riches avaient leur propre plan de survie… ?

La Station-service (c) William Dupuy/Canal+

Episode après épisode, le constat dressé par nos jeunes auteurs est hélas toujours le même : l’homme est un loup pour l’homme, même s’il fait parfois preuve d’un peu de solidarité, il est le plus souvent monstrueusement égoïste et court ainsi à sa perte. N’espérez pas trouver de l’espoir ici, sinon celui des créateurs de la série : vous faire réagir fissa face à l’inéluctable !


Enfin, après l’action, brute et désespérée, des sept premiers volets, place au discours dans le dernier, L’émission : des militants écologistes débarquent en direct sur un plateau télé pour délivrer leur message à la Ministre concernée. L’occasion pour les créateurs de se poser clairement du côté des collapsologues, Pablo Servigne en tête (1). Si vous n’êtes pas familiers du propos, on serait tenté de vous dire que c’est une bonne leçon, même si elle est un poil caricaturale.


Ce dernier épisode a le mérite d’établir une cohérence d’ensemble, tandis que les précédents manquent cruellement de chute – sans mauvais jeu de mots. Les anthologies de ce type (2) nous ont en effet habitués à un certain art de la fin surprenante. Mais après tout, on pourrait presque y voir un ultime pied-de-nez au spectateur à qui il appartient de s’engager pour écrire la meilleure fin… du monde.

(1) La collapsologie est explicitement définie dans un dialogue de cet épisode. Pablo Servigne, dont on sent fortement l’influence ici, en est un de ses représentants les plus connus.
(2) On pense par exemple à Black Mirror.

L’EFFONDREMENT de Jérémy Bernard, Guillaume Desjardins & Bastien Ughetto

Avec Bellamine Abdelmalek, Philippe Rebbot, Christelle Cornil, Thibault de Montalembert, Audrey Fleurot, Stéphane Malassagne, Marie Kauffmann, Samir Guesmi, Lubna Azabal, Yannick Choirat…
8 x 17 à 22’ sur Canal + tous les lundis à partir du 11 novembre 2019
Bande-annonce :