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Sorry We Missed You

Un père de famille devient livreur à son compte, espérant effacer rapidement les dettes de sa famille. Après l’absurdité du Pôle Emploi britannique, Ken Loach fulmine face aux excès du libéralisme des “start up nations”, livrant en filigrane un émouvant portait de famille.

Revenant trois ans après sa seconde Palme d’or, Ken Loach s’attaque dans Sorry We Missed You à la précarisation 2.0 : celle créée par les intermédiaires des grandes corporations (sont citées, au détour d’un dialogue, Amazon, Apple, Zara…), flairant le bon coup financier et profitant des failles du code du travail pour exploiter des salariés… qui n’en n’ont pas le statut. Loach est toujours révolté par les injustices sociales, et il dénonce vigoureusement le système qui profite in fine à des entreprises multimilliardaires et fiscalement protégées. Si dans le beau Moi, Daniel Blake, il filmait un homme seul face à l’absurdité du Pôle Emploi britannique, Loach met cette fois sa colère au service d’une famille ordinaire, qui vivote et se sent privée d’espoir. Les parents sont donc obnubilés, à juste titre, par le besoin d’offrir coûte que coûte un avenir à leurs enfants, en se crevant à la tâche. Les enfants ne sont pas dupes : la perspective de voir son père devenir un robot ouvrier ne fait qu’accentuer la crise d’adolescence de l’aîné, tandis que sa plus jeune sœur cherche à tout prix à retrouver la cohésion de la cellule familiale.

Ainsi, pendant un tiers de film, Loach filme la faillite progressive d’une famille, chacun partant dans une direction différente malgré un objectif commun : vivre ensemble en harmonie. Du vivre-ensemble, parlons-en : désormais livreur, le père passe plus de temps à injurier et se faire insulter par des clients. À l’opposé, sa femme, pleine de compassion, ressent une profonde fierté à s’occuper de ses patients. Le retour, dans le dernier tiers, à une narration centrée sur le sujet social fait un peu rentrer le film dans le rang : la méthode Loach / Laverty est à l’œuvre, efficace, didactique et sans surprises… si ce n’est cette fin. Car totalement abrupte, sans solution apparente, elle ne génère pas la même énergie que Moi, Daniel Blake. L’unité s’est fissurée : et s’il était trop tard ?

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 23 octobre – dans le n°2175 des Fiches du cinéma.
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