Rechercher du contenu

Joker

Dans une ville en totale déliquescence, un clown se rêvant humoriste bascule progressivement dans la folie et la violence. Ce récit d’une perdition implacable, signé par l’inattendu Todd Philips, est dominé par un Joaquin Phoenix sensationnel.

Tout d’abord, il faut mettre les choses au clair : oui, le réalisateur de Back to School, Very Bad Trip et Date limite est désormais lauréat d’un Lion d’or. Mais il ne pouvait pas l’être pour un film plus éloigné, en apparence, de ses films précédents. Pour citer Xavier Dolan, “les sceptiques seront confondus” : qu’on l’admette ou non, Todd Phillips a toujours été fasciné par la représentation de la masculinité à l’écran, même dans ses comédies les plus graveleuses. Ce qu’il fait ici avec Joker – faux “comic book movie”, vrai drame psychologique de prestige – est simplement de revenir à un type de cinéma que les studios étaient capables de produire antant, avant de se vouer corps et âme aux principes du blockbuster super-héroique, fédérateur car familial, de fait inconsciemment aseptisé : un cinéma entrant dans la tête de ses personnages, adulte dans son approche narrative, capable d’être étourdissant, crasseux ou écœurant.

Arthur Fleck, son “héros” fragile, est destiné à devenir un bouffon du crime, animé par sa folie furieuse. Arthur est un mélange assumé de Travis Bickle (Taxi Driver) et de Rupert Pupkin (La Valse des pantins) : deux individus mentalement instables et animés par un féroce désir de reconnaissance sociale. Deux créations scorsesiennes, dont l’ombre plane régulièrement sur le film ; deux références auxquelles s’ajoute l’influence de Scorsese, dont Phillips a le plus grand mal à faire le deuil. Le cinéaste passe outre l’obstacle grâce à son atout maître : Joaquin Phoenix. Toujours impeccable, souvent phénoménal, l’acteur livre une prestation aussi physique que subtile, et donne chair au nihilisme larvé d’Arthur / Joker. Employant la violence d’Arthur comme élément de réflexion dérangeant (à l’opposé du divertissement), Phillips laisse ainsi prendre en empathie (et comprendre) un personnage complexe, pour progressivement montrer la façon dont ses choix vont le rendre de plus en plus repoussant.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 9 octobre – dans le n°2173 des Fiches du cinéma.
S’abonner aux Fiches du Cinéma