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Portrait de la jeune fille en feu

Une apprentie peintre est chargée de réaliser le portrait d’une jeune femme, en vue d’une demande en mariage. Naissance d’une passion ponctuelle et d’un amour pérenne : Céline Sciamma envoûte avec ce Portrait… d’une impressionnante maîtrise et d’une grande subtilité.

La banlieue parisienne dépeinte dans Bande de filles paraît bien lointaine : pour son premier film en costumes, Céline Sciamma filme la naissance du désir amoureux, à travers le regard d’une peintre, Marianne. Sa rencontre avec Héloïse, fille d’une famille noble, est l’occasion pour l’artiste en devenir de comprendre l’adage selon lequel pour réussir son œuvre, il faut aimer son sujet. Héloïse est un modèle imposé, qui refuse de prendre la pose, sachant que le portrait est destiné à un mari potentiel. La jeune femme, tout juste sortie du couvent, n’aspire qu’à profiter d’une liberté qu’elle découvre à peine. Voilà pour le premier tiers du film, consciemment froid et figé. Car ensuite, la cinéaste rebat les cartes pour filmer un moment suspendu dans le temps. Quelques jours de grâce dans la vie de ces deux femmes, qui se trouvent et se découvrent, envisagent leur monde différemment. À mesure que les émotions submergent Marianne, Sciamma se focalise sur les regards plutôt que sur des dialogues illustratifs.

L’une des plus grandes qualités du film est d’ailleurs son scénario, divinement écrit et épuré au maximum, qui laisse à la cinéaste l’espace pour capter l’alchimie entre ses deux comédiennes, tout en bénéficiant de la magnifique photo de Claire Mathon. Ce mélodrame déchirant, d’un dépouillement virtuose culminant dans une scène finale mémorable, doit autant au talent de mise en scène de Sciamma qu’à celui de ses actrices : on connaissait la toujours géniale Adèle Haenel, on parlera ici longtemps de la prestation de Noémie Merlant (vue dans Les Héritiers ou Le Ciel attendra). Et, comme tout film de Sciamma, Portrait de la jeune en feu est éminemment politique. La réalisatrice ne fait qu’évoquer la condition féminine tout au long du film, à travers une époque où les seules issues sociales qui leur sont offertes sont le mariage ou les ordres.

Marion Philippe

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 18 septembre – dans le n°2170 des Fiches du cinéma.
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