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Lucky Day : Entretien avec Roger Avary

Si Lucky Day, son nouveau film (le premier depuis Les Lois de l’attraction en 2003), en salle ce 18 septembre, a quelque peu divisé la rédaction des Fiches, le retour de Roger Avary derrière la caméra ne saurait être qu’une excellente nouvelle. D’autant plus que, bien au-delà de l’exercice promotionnel, il nous a, pour l’occasion, accordé un entretien généreux et passionnant. Herzog, Cassavetes et Tarantino, Killing Zoe et Les Lois de l’attraction, la prison et le 11-Septembre, Hollywood à l’ère de Netflix, les souvenirs et les projets : rencontre avec un revenant.

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Vous venez d’avoir 54 ans. Pourtant, lorsque je vois votre film, j’ai l’impression qu’il est réalisé par quelqu’un d’une trentaine d’année. Je ne sais pas si c’est une bonne chose ou non !

Vraiment ? Merci ! (Rires) Comme si j’étais émotionnellement figé ! (Il réfléchit) Peut-être que c’est vrai. Je pense parfois de cette façon à Werner Herzog. Parce que, vous savez, en tant qu’êtres humains en général, on se réfère toujours à nos pères et à nos mères, pour comprendre comment se comporter, comment parler, comment être au monde. Les réalisateurs font pareil : et Herzog est l’un de mes pères en cinéma. Il est même l’une des raisons principales qui m’a fait devenir réalisateur. On a toujours l’impression qu’il va au-delà de ses films, comme s’il y scrutait sa propre âme. Par ailleurs, lui n’a pas de pères spirituels pour le guider. À cause de la période de barbarie en Allemagne, il n’avait que ses grand-parents comme référence, comme Fritz Lang, ou Georg Wilhelm Pabst… Herzog est un peu déraciné dans le temps, il ne se comporte pas comme un réalisateur contemporain, plutôt comme quelqu’un de coincé entre deux générations. Sans vouloir me comparer à lui (ce que je n’oserais pas !), peut-être que ma vie est également, en un sens, déracinée dans le temps.

Peut-être aimeriez-vous retourner dans les années 1990, à l’époque où vous avez découvert le cinéma ? J’imagine que vous avez dû voir des milliers de cassettes vidéos à cette époque…

Nous louions même des copies 16 millimètres, avant les cassettes. Par exemple, lorsque j’étais très jeune, je voulais absolument voir Meurtre d’un bookmaker chinois, et j’ai appris qu’on pouvait en louer directement une copie auprès de Cassavetes. Il habitait dans les hauteurs d’Hollywood, il suffisait d’appeler chez lui : “Ah, vous voulez louer une copie ! Aucun problème, venez la chercher à la maison !”. Et une fois là-bas, Gena Rowlands m’ouvre la porte en robe de chambre, et me dit : “John est aux toilettes”. Une fois sorti, il arrive et m’entraîne dans son garage – et là il y a des rangées entières de bobines de ses films, qu’il loue lui-même… C’était un indépendant, dans le vrai sens du terme. C’est l’époque où les cassettes ont révolutionné la manière de voir des films. D’un coup, il y a eu comme une explosion de l’information : nous avions soudainement accès à des milliers de films. Et donc, au vidéo-club, si nous avions, par exemple, un désaccord avec Quentin (Tarantino) sur un film de Lelouch, et bien il suffisait d’aller en rayon chercher la cassette, et de rembobiner jusqu’à la séquence en question ! Un peu comme un magasin de skate boards, rempli de passionnés et d’ados attardés, le vidéo-club était l’endroit autour duquel gravitaient tous les mordus de cinoche. Dans une époque pré-internet, nous étions l’algorithme pour le client. À force, nous savions exactement qui cherchait quoi parmi les clients. Nous savions qui était célibataire et qui ne l’était pas ! Majoritairement, les gens voulaient quelque chose de bon, et qu’ils n’avaient pas déjà vu. Et ça a d’ailleurs été ma première leçon de cinéaste ! C’était notre boulot de nous assurer que les gens voient des choses neuves, même si on allait piocher dans des vieux films, ou choisir des genres qui allaient les surprendre, comme les films de blaxploitation, par exemple.

Aujourd’hui, en France, on a l’impression que ces films de série B (science-fiction, horreur, action), ne sont plus ce que les gens ont envie de voir. D’une certaine façon, c’est assez courageux de votre part d’avoir réalisé Lucky Day à l’ancienne, comme un film des années 1990.

En toute transparence, vous devez savoir que j’ai passé quelque temps en incarcération. Là-bas, on est dans un drôle d’environnement : vous êtes enfermé avec rien d’autre qu’un crayon, un bout de papier et votre cerveau. Et ce que j’ai appris, c’est que même dehors, nous sommes incarcérés de la même façon. La prison est différente, plus grande, mais les gens parviennent quand même à s’emprisonner l’esprit. Bref, quand j’étais en prison, j’ai eu une expérience quasi-existentielle. Je me suis retiré en moi-même : j’ai lu Cervantes, Dostoievski… Ce que je me disais c’est : “Bon, j’ai du temps, je suis seul avec mes pensées, allons-y”. Et je me suis mis à repenser aux personnages de Killing Zoe (1993). Je me demandais : “Où sont-ils, que font-ils maintenant ?” Le personnage de Zed dans Killing Zoe, c’était moi, d’une certaine manière. Qui est-il maintenant ? Dans Lucky Day, ce ne sont plus Zed et Zoe, mais Red et Chloé. Ce pourraient être les mêmes personnages. À l’époque, j’avais imaginé une suite à Killing Zoe, qui aurait repris le récit le lendemain même. J’avais plutôt pensé à un road-movie à gros budget, dans le genre de Badlands ou de Sugarland Express. Évidemment, en étant moi-même en prison, j’avais changé depuis l’époque. En fait, ce n’est pas tellement moi qui dit à mes personnages quoi faire : j’essaye plutôt de les écouter, et je note ce qu’il me disent. J’ai écrit tout le scénario, de la première à la dernière page, à la main, en ayant en tête ces sortes de voix qui me parlaient également de moi, et de ma situation de prisonnier. J’essaye d’écrire un peu dans le style de l’écriture automatique, comme les choses me viennent. D’ailleurs, dans la vie, quel que soit votre métier, plombier, électricien, qu’importe, vous vous voyez vous-même dans votre travail. C’est juste que quand vous faites un film, vous vous voyez en super grand ! Tout est exagéré, le bon et le mauvais. C’est Eric Stoltz, le premier comédien avec qui j’ai travaillé, et qui m’a énormément influencé en tant que réalisateur, qui m’a dit, un jour qu’il se rendait sur le plateau, en costume et prêt à jouer, que le cinéma était un peu comme une psychanalyse. Puis il m’a dit : “Je te vois dans le moment”. Vous savez, à cette époque où on brûlait de l’argent à tourner en pellicule, pour une comédien, ce fameux “moment”, c’était celui où la caméra commençait à tourner. Là, on rentre dans une réalité différente. Et puis, quand la caméra s’arrête, on revient dans la réalité. En tout cas, j’envisage moi aussi la création cinématographique comme un terrain de découverte de moi-même – comme tous les artistes, je pense. Parfois, vous faites ça en déguisant votre film en série B, c’est tout ! Vous savez, j’ai essayé de faire des films sur Salvador Dali, des adaptations de Faulkner, des choses qui m’intéressent profondément. Et ça a toujours été difficile, particulièrement à cause de ma carrière chaotique. Mais si vous mettez un pistolet dans la main d’un type, paf ! On vous finance immédiatement. C’est étrange!

Luke Bracey et Nina Dobrev dans Lucky Day

Vous parliez de votre carrière en dents de scie. Revenons sur Les Lois de l’attraction (2002), qui est, je crois, votre chef-d’œuvre, et qui a malheureusement été reçu, en France, comme un énième teenage movie, peut-être à cause de l’affiche, qui montrait des couples de peluches dans différentes positions sexuelles. Par la suite, heureusement, la critique a rendu au film l’hommage qu’il méritait.

En fait, ce film a posé pas mal de problème aux États-Unis, car il est arrivé juste après les événements du 11-Septembre. Le sentiment général était : l’ironie est morte. Personne ne voulait d’un film-miroir. Un film-fenêtre, peut-être, mais certainement pas un miroir. À l’époque, mon intention était de refaire La Règle du jeu de Renoir, qui était un réquisitoire contre la classe dirigeante, une critique d’une certaine forme de débauche luxueuse. Renoir filmait des gens dansant sur le bord d’un volcan, sans s’apercevoir de quoi que ce soit – le volcan étant l’arrivée du fascisme. C’est donc à peu près cela que je visais. J’avais même demandé à mon costumier de s’inspirer du style de Coco Channel. Mais ce que j’avais oublié – et maintenant je me demande comment j’ai pu ne pas le voir clairement -, c’est qu’il n’y avait pas de Seconde Guerre mondiale à l’horizon ! Et puis, un jour, je roule vers le plateau – nous sommes en train de tourner la scène de la “fête de fin du monde”, qui ouvre et clôt le film -, et j’entends des gens qui hurlent à la radio, je ne comprends rien à ce qu’il se passe. En arrivant près du camion régie, je vois toute l’équipe plantée devant la télé. Au moment où je m’approche, je vois à l’écran la deuxième tour tomber. Et c’est là que je réalise, et que, comme un vrai connard de réalisateur, je me demande : “Comment je fais pour continuer à filmer?” Ça a été ma première pensée ! Notre budget était ridicule, et chaque moment perdu pouvait mettre en péril le film. Je me suis retourné vers l’équipe et je leur ai dit : “Écoutez, si vous sentez que vous n’arriverez pas à vous concentrer, rentrez chez vous, prenez la journée, prenez deux jours ! Moi, je vais continuer à filmer quoi qu’il arrive.” L’équipe a voté, ils se sont réunis sans moi, et ils ont choisi de rester jusqu’à 18h – au lieu de 20h. Et on a tourné. Par ailleurs, arrêter de tourner, ça aurait produit exactement ce que voulaient les terroristes. Nous avons donc continué, mais cette expérience m’a fait changer totalement la fin du film. Notamment, le fait que le héros quitte la soirée à la fin, en échappant à ce qui semblait être son destin. Cette idée n’est venue qu’à cause du 11-Septembre. Car j’ai soudain réalisé que nous devions croire en notre capacité à changer la réalité, à altérer un futur tracé d’avance. Vous ne savez jamais à quoi ressemblera un film avant de le faire. Le producteur de Lucky Day, un jour qu’on marchait dans la rue, m’a dit soudainement : “Oh mon Dieu, mais je n’avais pas réalisé que ton film allait être drôle !”.

Pourtant, on ne peut pas dire que Lucky Day soit une comédie au sens strict. On y ressent plus de mélancholie que dans Killing Zoe, par exemple. Les scènes d’action sont toujours aussi impressionnantes et péchues, mais on sent davantage de tendresse entre les personnages…

Oh, oui, je suis très mélancolique. Je fais toujours des films à propos de moi, et de ma femme. Pour True Romance, par exemple, la fin n’est pas celle du script initial. J’ai toujours demandé à Tony (Scott) de faire une fin heureuse, dans laquelle tout le monde survit. Je me souviens de la première du film, au Chinese Theatre d’Hollywood : lorsque la fin arrive, je sens la foule s’attendrir devant la scène. C’est l’un des moments les plus émouvants de ma carrière. Ce sentiment que la famille reste unie, malgré tout. Quand vous avez lâché une bombe atomique sur votre propre vie, votre propre famille, et que ça a tout détruit… Tous les gars en prison ressentent la même chose. Pour moi, le meilleur film de prison, c’est Stir Crazy, de Sydney Poitier (1980). C’est une comédie, mais elle contient plus de vérité qu’un simple drame. Avec une comédie, vous n’accédez pas simplement à la brutalité du monde. Ça vous montre également à quel point les comportements humains peuvent être ridicules. En prison, quand vous entendez un gars, accroché au téléphone, hurler à sa femme : “Salope! Je sais que tu couches avec mon pote !”, ou un autre, implorant qu’on dépose des sous sur son compte… Tous ces gens essayant désespérément de garder le contrôle sur les choses, c’est ridicule, et ça a un côté drôle et attendrissant. La prison, c’est un petit concentré de la vie réelle. Les gens ne sont pas toujours ce qu’il paraissent. Par exemple, le personnnage de l’agent de probation (joué par Clifton Collins Jr. dans le film) m’a été directement inspiré par une rencontre en prison. Tu as l’impression que le type est un connard, mais en fait il est super attachant, sensible à l’art, il a des emmerdres avec sa femme qui lui prend la tête… Pareil pour le personnage de Red : il me ressemble, il est un peu pathétique, parce qu’il tourne en rond en essayant de tout contrôler, et qu’il n’a toujours pas appris de ses erreurs. C’est un rédiciviste, comme mes personnages précédents (Zed dans Killing Zoe, Sean dans Les Lois de l’attraction). Et c’est en découvrant le personnage que je me suis dit : “Merde, moi aussi, je suis un récidiviste !” C’est très cher, comme thérapie (rires).

Crispin Glover dans Lucky Day

Dans le film, de nombreux personnages parlent français, on entend du Yves Montand dans la bande-son… D’où vous vient ce lien étroit avec la France, que vous aviez déjà à l’époque de Killing Zoe ?

Ah, Yves Montand, j’adore ce chanteur… Dès le début, j’ai dit à mon producteur (Samuel Hadida) que je voulais absolument La Chansonnette dans le film. Il s’est battu pour obtenir les droits ! Avant Killing Zoe, j’avais voyagé en France, en 1987. J’étais le parfait touriste, avec mon sac à dos, et je visitais tout ce qu’il y avait à voir, vous savez, la tour Eiffel, les Champs. Élysées, le Louvre, les choses à voir, quoi. Je trouvais la ville stressante, tout le monde courait à droite à gauche. Je n’y étais pas très à l’aise, j’étais sur le point de partir. Et là, dans le métro, je croise par hasard un de mes amis, Eric Chaltiel, qui vivait à Paris. Je lui ai dit que je partais le lendemain, et il m’a dit : “Non, non. Viens avec moi, je vais te montrer le vrai Paris.” Quand vous voyagez, et que vous êtes loin de votre culture, de votre environnement habituel, et que vous avez tout laissé derrière, que vous êtes seul… Vous devenez très introspectif. D’ailleurs, la scène du voyage en Europe de Victor, dans Les Lois de l’attraction, est directement tirée de mon carnet de voyage de l’époque. Victor, c’est moi. D’ailleurs, je crois que je l’ai là… (Il se lève, puis revient avec un carnet noir, couvert de lignes très tassées, à l’encre noire. Il ouvre au hasard et commence à lire, vite et d’un ton monocorde : on reconnaît immédiatement, mot pour mot, la voix off du personnage dans le film.)

Si je ne me trompe pas, vous avez filmé plus de 70 heures de rushes pour cette séquence de voyage, et vous en avez fait un film à part entière, qui s’appelle Glitterati. Je n’ai jamais réussi à le voir…

C’est normal, je ne le montre qu’en projection privée ! En fait, je voulais le sortir en même temps que Glamorama, l’adaptation du livre de Bret Easton Ellis, mais le projet a pris du retard, donc… On verra. Par ailleurs, il y a aussi des problèmes de droits musicaux. Surtout maintenant, grâce à cette putain de série, Stranger Things… Aujourd’hui, il est impossible d’obtenir les droits d’une musique pour un film à petit budget. C’est 5 millions de dollars pour avoir une bande-son ! Netflix paie un prix fou, systématiquement, pour tout. Ils étouffent complètement le marché. Par exemple, aujourd’hui, je suis en train de faire des repérages pour un tournage, dans une sorte de lotissement privé, à Los Angeles. Je me renseigne, et on me répond : “Vous ne pouvez pas avoir ce lieu : Netflix l’a payé pour toute l’année, parce qu’il pourraient en avoir besoin.” Ils ne savent même pas s’ils vont s’en servir ! Ils paient juste pour le garder pour eux, au cas où, c’est dingue ! Je suis de Minetoba, au Canada, je me dis donc que je vais tourner là-bas : impossible, parce qu’il n’y a qu’une équipe locale de techniciens, et Netflix les emploie en permanence ! Résultat : on ne peut plus tourner à Minetoba. Ça n’a pas de sens. Aujourd’hui, c’est très difficile de les concurrencer… À moins de tourner pour eux !

Mais je ne suis pas sûr que votre style leur correspondrait… Si ?

Non, certainement pas ! Vous savez ce que j’ai découvert récemment ? Je ne sais plus si c’est Netflix ou Amazon… Ils ont des “coordinateurs d’intimité”, maintenant, pour les scènes de sexe ou de baiser. Ils comparent ça à un coordinateur de cascades. Au cas où, Dieu nous en garde!, un baiser serait trop appuyé, ou autre. Il faut donc une sorte de psychologue sur le plateau, pour aider les comédiens après les scènes, pour qu’ils ne nous collent pas un procès ! À l’époque, c’était le réalisateur qui jouait ce rôle, c’était lui, le “coordinateur d’intimité” ! Par exemple – et je m’en veux maintenant que je le réalise -, sur Mr Stitch (1995), j’ai rendu Rutger (Hauer) fou. Bon, il l’était déjà, mais disons que j’ai aggravé les choses. J’ai compris qu’un réalisateur guide le comédien jusqu’à un état émotionnel, avec son accord bien sûr, mais qu’après il faut également le ramener. Ça fait partie du travail. Par exemple, sur le dernier projet que j’ai réalisé, et qui sortira bientôt, je l’espère, j’ai dit à Elsa Zylberstein : “Écoute, je vais t’amener à un endroit qui n’est pas confortable, je vais te torturer comme le personnage l’est dans le texte (La Voix humaine de Cocteau). Es-tu sûre que c’est ce que tu veux ?” Elle m’a dit “Oui”. Ça a été pénible, pour moi comme pour elle, de faire cette expérience. C’était intense, ça faisait longtemps que je n’avais pas filmé – le tournage a eu lieu avant celui de Lucky Day. Je me suis forcé à n’être là que pour mettre en valeur sa performance, à ne pas rendre la caméra trop pressante, pour la laisser exprimer son jeu de la meilleure façon possible. Maintenant qu’on en discute tous les deux, avec le recul, c’est un moment que nous avons adoré… C’est un contrat à passer entre le réalisateur et le comédien. Si vous ne passez pas ce contrat en bonne entente, je pense que c’est dangeureux.

Et où en est ce projet, actuellement – La Voix humaine?

Honnêtement, je ne sais pas. À la base, il devait sortir avant Lucky Day. Mais avec la mort de Samuel… Vous savez, Samuel a été comme un père pour moi. C’est lui qui m’a permis de devenir réalisateur. Ce film, par exemple, il l’a payé de sa poche, il m’a encouragé, alors que ça faisait longtemps que je n’avais pas filmé. Il était enthousiaste, il m’a dit “Mais si, il faut absolument que tu le fasses ! On réunit l’équipe comme à l’époque !” Il m’a fait une offre que je ne pouvais pas refuser. Il m’a dit : “On commence à tourner à telle date”, et c’est ce qui s’est passé. Personne n’avait jamais fait ça pour moi. Maintenant qu’il est mort, je ne sais pas exactement où en est la sortie. Il faut que je me renseigne. Prochainement, j’espère ! Je dois avouer que je suis très fier de ce projet.

Deux projets en deux ans : vous voilà reparti dans la réalisation ! Vous devez vous sentir soulagé, non ?

Vous savez, ce passage en prison m’a appris une chose : il n’y a rien de plus important, de plus précieux, que le temps. L’argent n’existe pas en prison ! Je me suis aussi dit que j’avais perdu un temps fou à me poser trop de questions, alors qu’en fait, on s’en fout, de ce que les gens pensent. Vous savez, quand vous avez fait quelque chose de mal, que les gens ont dit les pires choses sur vous, et qu’elles sont vraies, ça n’a plus vraiment d’importance, le regard des autres. Le fait que les critiques, les blogueurs, ou même le public, m’aiment ou pas, n’a plus d’importance. Je crois que l’important est de savoir si, moi, je m’aime ou pas. C’est pour cela que j’ai fait Lucky Day. C’est un film B, mais sur moi.