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Jeanne

Deux ans après Jeannette, Bruno Dumont adapte de nouveau le drame de Péguy dans un film déroutant et touchant, porté par la jeune Lise Leplat-Prudhomme. Un formalisme poétique en adéquation parfaite avec le mysticisme de son héroïne.

Après s’être intéressé, sous la forme audacieuse de la comédie musicale, à l’enfance de Jeanne, Bruno Dumont adapte de nouveau le texte de Charles Péguy. Mais si la musique est encore présente (Christophe signe quatre morceaux magnétiques, qui viennent épouser l’intériorité du personnage), le réalisateur fait le choix d’une forme (peu) dialoguée, entre théâtralité et contemplation. S’il respecte la chronologie, l’exactitude historique ne l’intéresse pas (la prison est par exemple installée dans un blockhaus en plein air) : l’enjeu est ici intérieur, intime. Il s’approprie le mythe pour mieux le “démythifier”, l’inscrire dans un présent universel. Car la figure libre et transgressive de Jeanne d’Arc résonne en chacun de nous encore aujourd’hui, et telle est sa force.

On retrouve ici les spécificités du cinéma de Dumont, comme la puissance visuelle des lieux (les dunes de la Côte d’Opale, la nef monumentale de la cathédrale d’Amiens) ou le recours à des acteurs non-professionnels. Exceptée l’apparition royale de Fabrice Lucchini, la totalité des rôles est interprétée par de vraies “gueules” anonymes, dont Dumont sait comme toujours mettre en valeur la singularité. Les jurés du procès sont incarnés par de vrais théologiens ou universitaires. Quant à la jeune Lise Leplat-Prudhomme, dix ans, révélée dans Jeannette, elle porte à la fois la détermination et l’innocence sur son visage, et ses regards face caméra nous transpercent. Le film oscille en permanence entre ciel (vers lequel Jeanne lève les yeux en quête d’espoir) et terre, spirituel et temporel. Dumont fait le portrait touchant d’une jeune héroïne pleine d’ardeur qui se débat, fille dans un monde d’hommes, enfant dans un monde d’adultes, prisonnière de dogmes qui la condamnent. Un sujet terriblement actuel.

Marion Philippe

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 4 septembre – dans le n°2169 des Fiches du cinéma.
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