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Fête de famille

Mêlant farce et drame, Kahn étudie comment, dans une famille, se distribuent les rôles autour de la figure du fou. Le résultat est chaotique, décousu, déroutant, troublant : on ne sait pas forcément quoi en penser mais à l’évidence il se passe quelque chose.

Cédric Kahn est de ces cinéastes qu’un entêtement obsessionnel sur un thème unique (en l’occurrence la confrontation entre l’individu et le groupe, le primitif et le social, la folie et la raison) conduit à l’explorer par le biais des sujets et des genres les plus divers. Ainsi, après, entre autres, le film noir, la chronique sociale, le drame sentimental ou le conte pour enfants, il donne ici sa version de ce genre en soi qu’est le règlement de comptes familial en maison bourgeoise. Au départ, les situations (repas, conflits, jeux d’enfants, arrivée inopinée de la pluie, fraternisation autour d’un autoradio…) semblent paresseusement familières, et la façon d’employer Deneuve, Macaigne ou Bercot incroyablement attendue. Puis peu à peu, ce sentiment de routine est dynamité par le ton étrange du récit, qui ne tranche ni pour la comédie ni pour le drame, mais pour un violent ping-pong entre les deux (les scènes de comédie tendent vers la malaise et les moments d’hystérie culminent au bord du comique).

On comprend alors que Kahn est sans doute parvenu à susciter le sentiment qu’il souhaitait : celui d’une familiarité qui se désagrège et mute en une inconfortable étrangeté. Car ce qu’il décrit c’est la fête de famille comme une pantomime, la cellule familiale comme une troupe de théâtre jouant en vase clos une pièce toujours identique, dans laquelle chacun est assigné à un emploi précis, dont tous les autres veillent à ce qu’il ne sorte pas. Derrière le cliché, chaque personnage est donc plus ambigu, plus coupable ou plus innocent qu’il y paraît, et en tout cas équitablement complice de la névrose collective. Dépassant sa distance habituelle, Kahn se rapproche ici de la folie de ses personnages, et son cinéma y gagne en intensité.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 4 septembre – dans le n°2168 des Fiches du cinéma.
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