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Bauhaus, un temps nouveau

A l’occasion des cent ans de la création du Bauhaus, cette série allemande revient sur les débuts du premier mouvement artistique marquant du XXe siècle. Très documentée, elle livre une belle leçon d’Art et d’Histoire, même si sa facture classique manque un brin d’originalité.


Habitué des fictions historiques, le scénariste réalisateur Lars Kraume (1) a bien compris l’intérêt de raconter le Bauhaus aujourd’hui. D’abord parce que la période historique dans laquelle il s’inscrit, 1919-1933 en Allemagne, résonne comme un vieil avertissement… Ensuite parce que le mouvement lui-même est incroyablement moderne : mêlant art, artisanat et architecture, il s’interroge déjà sur l’habitat et le mieux vivre, prônant un « less is more » largement revenu à la mode.


La série se concentre sur les premières années du Bauhaus, racontées a posteriori par son fondateur Walter Gropius, lors d’une interview située en 1963. On aurait préféré plus inventif que ce procédé, qui ponctue artificiellement la narration en flash-back et s’ouvre sur un long exposé de l’œuvre de Gropius que ne renierait pas un bon professeur d’Histoire de l’Art. Globalement, la mise en scène aurait gagné à être plus originale et inventive, à l’image même du Bauhaus. C’est curieusement avec la musique (primée à Canneseries 2019) qu’elle parvient le mieux à transmettre ce grain de folie, avec des airs de jazz revisités qui nous entraînent dans la danse, le bouillonnement créatif des apprenti.e.s artistes.

(c) ZDF/Zero One Film/J.Terjung/Constantin Television/Nadcon



Ainsi, au fil des épisodes, on croisera des figures connues, de Paul Klee à Alma Mahler, et moins connues, notamment l’héroïne Dörte Helm, une jeune artiste en devenir qui elle aussi, a réellement existé. Son parcours chaotique est l’occasion de délivrer un message féministe, sur le rôle des femmes dans l’Art, sur la place qu’elles doivent conquérir dans une société machiste. Le propos est judicieusement d’actualité, il l’est aussi, hélas, quand il traite, en filigrane, de la montée de l’antisémitisme.

Saluons ce parti pris pédagogique : même si Bauhaus, un temps nouveau ne bouscule pas le genre sériel, ses six volets soigneusement documentés, denses et bien rythmés permettent d’apprendre beaucoup sans s’ennuyer.


(1) Pour le cinéma, Kraume a réalisé Fritz Bauer, un héros allemand (2016) et La révolution silencieuse (2018).

BAUHAUS, UN TEMPS NOUVEAU de Lars Kraume

Avec Anna Maria Mühe, August Diehl, Sven Schelker, Valerie Pachner, Trine Dyrholm, Ludwig Trepte…
6 x 45’ sur Arte les 5 et 12 septembre / disponible en intégralité sur arte.tv du 5 septembre au 3 décembre 2019
Bande-annonce :