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Une fille facile

Cannes, l’été : Naïma, 16 ans, et sa cousine, montent à bord du yacht du riche Andres… En dépit de quelques accents théoriques un peu plaqués, Rebecca Zlotowski signe une séduisante chronique estivale – et de lutte des classes – où étonne notamment Zahia Dehar.

Nous sommes à Cannes (troublante révélation à l’adresse de celles et ceux qui auront découvert le film à la Quinzaine des réalisateurs : oui, des gens vivent ici à l’année), l’été commence et Naïma, 16 ans, voit débarquer sa cousine Sofia, qui n’hésite pas à afficher sa plastique avantageuse. Les yachts des millionnaires font face aux terrasses des pizzerias, l’occasion est trop belle (moyennant une tarification qui ne dit pas tout à fait son nom) d’y prélever un peu de chair fraîche… Il faut sans doute envisager le quatrième long métrage de Rebecca Zlotowski comme une réponse au précédent, Planétarium, fresque d’une ambition rare, et hélas fraîchement reçue. Le soir de la première cannoise d’Une fille facile, la cinéaste évoquait son ambition “d’un film simple pour dire des choses complexes” ; le programme n’est pas tout à fait tenu (des morceaux de théorie entiers, non mixés pourrait-on dire, affleurent à la surface de la ritournelle envisagée), mais le film séduit par ses accents solaires et sa douce mélancolie.

Faux coup de casting (aucun cynisme chez Zlotowski, mais une conscience aiguë de ce que charrient ses interprètes), et vraie trouvaille : le recrutement de Zahia Dehar, aux intonations Bardot 60’s. La photogénie de la jeune femme, mais aussi ses origines algériennes, sa trajectoire de transfuge de classe, et surtout, ceci expliquant sans doute cela, le traitement médiatique répugnant dont, mineure à l’époque, elle avait été l’objet (suite à une affaire de mœurs), n’avait pas échappé à l’auteure. Relecture, ou plutôt écho contemporain de La Collectionneuse de Rohmer – de l’aveu même de Zlotowski -, le film est évidemment une chronique de classe, mais empreinte de légèreté, dénuée de tout regard surplombant, attachée à en déjouer les attendus, pour veiller à n’essentialiser ni prolos, ni (grands) bourgeois.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 28 août – dans le n°2167 des Fiches du cinéma.
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