Rechercher du contenu

Roubaix, une lumière

Quelques jours dans la vie d’un commissariat de Roubaix, autour de Noël. Desplechin tente une étonnante sortie hors de sa zone de confort et en tire un film souvent frustrant (quand il se cherche) mais parfois fort (quand il se trouve).

Si Roubaix, une lumière est insolite dans la filmographie d’Arnaud Desplechin, ce n’est pas tant parce qu’il s’agit d’un film policier que parce qu’il s’agit d’un film “inspiré de faits réels” et donc, pour le cinéaste, d’une incursion dans des domaines à l’opposé de son cinéma et de ses goûts : l’approche réaliste et le thème social. En effet, le scénario se nourrit ici d’un matériau on ne peut plus ancré dans le réel : le reportage Roubaix, commissariat central. Desplechin creuse cette matière brute pour aller y chercher le romanesque, quelque part du côté de Simenon ou de Bernanos. Et le résultat est pour le moins déroutant. D’abord parce que c’est un film d’auteur où toutes les signatures d’auteur ont presque disparu. Ensuite parce que c’est un film qui semble être comme en conflit avec lui-même, partagé entre le strict respect de son cahier des charges naturaliste et les retours d’une tentation de la fiction.

Comme souvent dans les Desplechin de ces dernières années, le montage semble être moins une architecture mathématiquement imparable qu’un état transitoire du film, arbitrairement posé comme définitif. Par exemple, le personnage du jeune flic, qui semble d’abord s’imposer comme le héros, ou du moins le narrateur, du récit, glisse ensuite complètement à l’arrière-plan. Les lettres qu’il écrit au début, rare élément vraiment depleschinesque du film, s’interrompent brutalement. Toutefois, le film trouve un point d’équilibre en son centre : dans les scènes d’interrogatoire et de confrontations, quand la stricte vérité des faits prend une dimension suffisamment romanesque pour que Desplechin puisse, sans se perdre, laisser totalement les clés du scénario à la réalité. Alors la précision de sa mise en scène et de sa direction d’acteurs sont totalement au service et au bénéfice de la reconstitution.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 21 août – dans le n°2166 des Fiches du cinéma.
S’abonner aux Fiches du Cinéma