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Once Upon a Time… in Hollywood

1969, une ex-vedette tente de se refaire à Hollywood. Orchestrant un ping-pong entre la vie et le cinéma, la mélancolie de DiCaprio et le génie comique de Brad Pitt, Tarantino signe un film personnel, ludique, émouvant et redoutablement intelligent sur la sortie de l’enfance.

Au départ, on ne sait trop comment prendre ce film étrangement rythmé, lesté de scènes parfois trop longues, et donc moins pétaradant qu’on aurait pu l’espérer. Pourtant, Tarantino a donné le mode d’emploi en annonçant qu’il s’agissait d’un film sur son enfance. Sur le cinéma de son enfance, certes, puisque le film est un concentré de références à tout ce qui se filmait en 1969 (il avait alors 6 ans), mais pas seulement. En effet Tarantino développe avant tout un parallèle cohérent et émouvant entre le Hollywood de la fin de l’âge d’or et l’enfance : deux périodes innocentes et récréatives, où l’on jouait aux cowboys et aux Indiens, mais toutes deux programmées pour être bientôt anéanties par le retour du réel.

Ainsi, dans un superbe jeu de miroir à la fois ludique et mélancolique, ce que montre Tarantino, ce sont les bagarres, les jeux, les bêtises et les émerveillements de l’enfance (le combat entre Cliff et Bruce Lee semble être celui de deux Playmobils sur un tapis de jeu, les yeux de Sharon Tate se regardant sur grand écran sont ceux d’une petite fille découvrant le cinéma…). Le couple formé par DiCaprio et Pitt est donc à voir comme celui que forment Andy et Woody dans Toy Story : le petit garçon et son jouet préféré. L’un est acteur (il se déguise et joue), l’autre doublure cascade (“Tu peux le jeter d’un immeuble, lui foutre le feu, le percuter avec une Lincoln”). L’un va travailler, l’autre reste à la maison. L’un se heurte à la vie, pique des colères et pleure, l’autre est puissant et ne fait aucune concession au monde adulte. L’un essaie de s’arranger avec le réel, l’autre arrange la réalité. Par son entremise, Tarantino offre à son histoire un dénouement où c’est l’enfance qui gagne à la fin. Et après tout, passer sa vie à faire des films, qu’est-ce d’autre que refuser, envers et contre tout, la défaite de l’enfance ?

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 14 août – dans le n°2165 des Fiches du cinéma.
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