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So Long, My Son

Chine, années 1980. Une famille d’ouvriers voit son destin brisé par un terrible drame. À ce récit intimiste se mêlent trente ans d’histoire du pays. Un long métrage en tout point réussi, subtilement interprété, émouvant, édifiant, supérieurement écrit et filmé.

Vouloir mêler dans un récit la petite histoire et la grande représente un risque : que la première ne soit qu’un prétexte à évoquer la seconde. Ce risque est d’autant plus grand au cinéma, où la condensation des faits est nécessairement plus grande que dans un roman. À moins d’aller jusqu’aux neuf heures de films à l’instar d’un Lav Diaz, il faut emprunter des raccourcis, avec toujours le danger de tomber dans le simplisme, le stéréotype. So Long, My Son affronte ces périls avec une aisance déconcertante. Maîtrisée de bout en bout, l’œuvre navigue entre le récit intimiste et déchirant de la vie d’une famille, et la fresque brassant trente ans d’Histoire de la Chine. En pleine possession de ses moyens, Wang Xiaoshuai réussit sur les deux tableaux. Les personnages sont fins, jamais réduits à de banales fonctions du récit. On est pris aux tripes par les drames successifs vécus par ces gens simples embarqués dans un mouvement historique que rien ne peut arrêter. Ni anges, ni salauds, ils font ce qu’ils peuvent. Le passage du temps (des années 1980 aux années 2010) est parfaitement interprété par Yong Mei et Wang Jinchun, acteurs subtils qui n’ont pas volé leurs prix à la Berlinale 2019. Wang Xiaoshuai dresse dans ce film un portrait étonnamment rude de la Chine de la politique de l’enfant unique et du passage à l’économie de marché. L’ambiance est grise, pesante, et la propagande déversée chaque jour par haut-parleurs dans les usines. La mise en scène enfin, alternant caméra épaule, plans fixes et lents mouvements d’appareil, joue avec brio de la profondeur de champ et en dit plus encore que les dialogues. Un film riche, ample et beau.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 3 juillet – dans le n°2159 des Fiches du cinéma.
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