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Midsommar

Marqué par un drame familial, une jeune femme accompagne son petit ami en Suède, pour une célébration de Midsummer rarissime. Après Hérédité, Ari Aster confirme son talent avec cet insaisissable thriller psychologique, d’une richesse thématique débordante.

Par où commencer pour évoquer Midsommar ? Peut-être en rappelant qu’il s’agit du deuxième film d’Ari Aster, révélé l’an dernier avec Hérédité. Qu’un an plus tard, le jeune cinéaste démontre une maturité flagrante, un expertise de la mise en scène qui manque à nombre de ses pairs. Après l’épouvante d’Hérédité, le réalisateur se frotte au thriller psychologique et revisite le “film de culte” dont la matrice serait évidemment The Wicker Man de Robin Hardy (1973) : soit un groupe d’individus extérieur à une communauté et confronté à ses traditions païennes. Le spectateur amateur de cinéma de genre s’attend donc à des dérapages d’usage : assassinats rituels et autres joyeusetés ; Aster en prend le contre-pied, prenant comme point de départ le délitement d’un couple. Elle (Florence Pugh, prodigieuse) est amoureuse mais traumatisée par un drame, lui (Jack Reynor, génial pantin poltron) ne reste avec elle que par obligation sociale.

Le film prend alors de troublants accents bergmaniens, privilégie les non-dits mais développe également un humour acerbe, notamment via certains personnages secondaires. Aster joue d’une déstabilisation psychologique permanente en ne conceptualisant pas les Hårga comme une incarnation du Mal : il y a une forme de beauté dans leurs traditions, des idées qui résonnent chez ces visiteurs inconvenants. Et Aster développe, en filigrane de séquences dantesques (le destin des doyens, le long concours de danse, ou tout simplement l’exutoire des hurlements), un propos purement cathartique, savamment construit autour du personnage de Dani. La conclusion, d’une puissance exceptionnelle, laisse le libre champ à une multitude d’interprétations et une affirmation incontestable : Ari Aster est déjà un grand auteur.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 31 juillet – dans le n°2163 des Fiches du cinéma.
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