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Give Me Liberty

La folle journée de Vic, qui perd le contrôle en acceptant de conduire, dans son minibus, son grand-père et ses amis un peu déjantés à un enterrement. Une dépense d’énergie qui va crescendo, et traduite par un montage précis, rythmé et foutraque. Revigorant.

Give Me Liberty marche à l’énergie. À celle de Vic, pris dans un tourbillon de contretemps et de détours durant sa journée de travail. Cette dépense d’énergie évoque celle à laquelle carbure le narrateur des romans d’Henry Miller. La vie comme dépense d’énergie, à toute heure et en tout lieu, les rares pauses n’étant qu’accessoires, étant l’occasion de dynamiser encore davantage la folie de la vie au pire. Le montage, brillant, rythmé, exprime jusqu’à la démesure le maelstrom énergétique qu’est devenue l’existence de Vic, parti en roue libre. Il est à la fois précis (de la même précision et avec le même brio, pour un style très différent, que dans Les Plages d’Agnès d’Agnès Varda), déstabilisant, parfois tournant à l’abstraction tant ce qui est représenté à l’écran a alors beaucoup moins d’importance que la frénésie du montant servant à refléter celle des actions.

On se dit que le réalisateur américain d’origine russe Kirill Mikhanovsky ne va pas tenir la distance et nous lasser mais non, aucunement. Sans cesse bondissant et rebondissant, son héros nous surprend jusqu’à la fin. Nous sommes avec lui, nous souhaitons qu’il réussisse, sans bien savoir quoi, mais ce n’est pas grave, et c’est d’ailleurs là la réussite du film : les raisons du comportement de chaque personnage nous mobilise peu, ce qui compte c’est de voir le désir de vivre sans cesse se régénérer chez Vic, sorte de jeune Dionysos tombé dans ce pays matérialiste qu’est l’Amérique et essayant de se dépêtrer des contraintes qu’impose l’accélération du travail voulue par la recherche exponentielle du profit. Et grâce à la foi du metteur en scène pour ce qu’il filme, on sort du film ébloui par la virtuosité ce celui-ci, et revigoré.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 24 juillet – dans le n°2162 des Fiches du cinéma.
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