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Parasite : lutte des classes en milieu domestique

Dissimulant leurs identités, les membres d’une famille pauvre entrent au service d’un foyer de la haute bourgeoisie. Retour au sommet pour Bong Joon Ho qui, avec cette farce tragique rejouant la lutte des classes en milieu domestique, n’a pas volé sa Palme d’or.

Home invasion d’un genre singulier (pas besoin de mettre le pied dans la porte : l’invasion, insidieuse, est préparée, puis mise en scène, avec une minutie comparable aux préparatifs d’un casse), Parasite rejoue la lutte des classes en milieu domestique, façon guerre de position et partie de cache-cache confinant çà et là à un minimalisme géométrique, les pauvres s’évanouissant dans (ou surgissant d’un) rectangle d’obscurité, celui d’une porte conduisant à la cave (peuple du sous-sol contre gens de la surface : Parasite réorchestre la société à étages de l’Us de Jordan Peele). Jusqu’à ce que les éléments se déchaînent : que l’ordre social soit mis à mal, ou que soient ajourés les rapports de force qui le fondent, et dès lors la tempête inonde les entresols, le sang coule, les toilettes débordent.

Car c’est bien l’esprit du film que de mettre en évidence, en une économie de plans bluffante (le mari rentre à la maison, aussitôt les petits chiens accourent, la gouvernante aussi ; ce sont deux plans distincts, mais ils font l’objet de travellings de même valeur et mettent sur un pied d’égalité animaux de compagnie et personnel d’intérieur), ces rapports-là, et procéder, si ce n’est à leur inversion, à la brève revanche des sans-grades sur les bourgeois – envisagée comme une remontée d’égout -, sans rien taire, toutefois, de la part de servitude volontaire qu’implique tout rapport de classe. D’Us à ce Parasite d’une maîtrise insigne, et ponctué de trouvailles burlesques, un fil a été tendu : il s’agit, classe contre classe, famille contre famille, d’identifier son parasite – mais aussi de se reconnaître en tant que tel -, et de rappeler que c’est encore à l’extérieur que les prolos jouent le mieux. À domicile, la bourgeoisie est prenable : le terrain est trop grand, l’équipe trop sûre de sa possession de balle.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 5 juin – dans le n°2155 des Fiches du cinéma.
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