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Yves : le frigo intelligent de Benoît Forgeard

Jerem, jeune rappeur en panne d’inspiration, accepte de tester Yves, un frigo “intelligent”. Bien vite, Yves se rend indispensable et se met à prendre des initiatives… Benoît Forgeard signe un film enlevé, loufoque, pas totalement abouti mais très original.

Sur le papier, l’argument du film de Benoît Forgeard est assez irrésistible. C’est audacieux, décalé et potentiellement bien rigolo. Par ailleurs, on ne peut pas dire que l’on croule sous le nombre des comédies de science-fiction françaises. Le capital sympathie du projet est donc au départ pas loin du maximum. Qu’en est-il du résultat ? D’abord, un casting réussi. William Lebghil est excellent en rappeur glandeur immature, et Doria Tillier et Philippe Katerine sont très convaincants. Ensuite, une intrigue plutôt maligne et qui ne rechigne pas aux réjouissantes énormités. Forgeard n’a pas eu peur de son sujet et a poussé sa logique à fond. Là encore, il détonne dans la production française majoritaire en proposant une loufoquerie rafraîchissante. La réalisation quant à elle reste relativement “fonctionnelle”, sans audace particulière. Autant Forgeard est allé loin dans l’écriture, autant il semble sur la réserve avec sa caméra. La musique, signée Bertrand Burgalat, un peu kitsch, un peu envahissante, ne plaira pas à tout le monde.

Mais le vrai problème du film, c’est le frigo lui-même. On n’arrive pas à cerner sa personnalité. Tantôt il semble penser comme une machine, tantôt comme un humain, et l’évolution de sa façon de parler n’est pas très crédible. Il manque d’épaisseur, de cohérence. On ne voit pas l’intelligence artificielle basculer et devenir autonome, égoïste etc. On ne voit pas le processus. Forgeard a privilégié la fantaisie, la rapidité, et a un peu négligé cet aspect du film. Comment Yves s’humanise-t-il ? Comment devient-il l’ami de Jerem ? Le film ne fait que survoler ces questions. On passe cela dit un très bon moment.

Yves, Benoît Forgeard