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Vivarium : Bienvenue chez vous

Le voilà donc le film de genre qui vous fait regarder le monde étrangement une fois sorti de la projection.
Vivarium s’ouvre sur un nid et sur ses poussins décharnés, semblant pousser hors du cocon, s’écharpant à peine nés.
Gemma et Tom cherchent une maison. Ils ne faut pas qu’ils traînent, leur conseille une collègue. Les voilà donc chez l’agent immobilier, au sourire et aux yeux bleus figés, là encore, un nouvel indice, une mise en garde. Ils arrivent dans le quartier escorté par l’agent, et découvrent des rangées de maisons identiques, le quartier d’Edward aux mains d’argent en pire, car ici pas de petite dame esthéticienne sympathique. Tout est semblable, jusqu’aux jardins, rien n’est personnalisé. Et l’agent disparaît. Le couple tente de repartir, en vain, les rues n’ont pas d’issue et tout les ramène à leur numéro 9, choisi initialement par l’agent. Ils sont forcés de rester. Des cartons leur sont livrés tous les jours, comportant les choses d’usage, victuailles, brosses à dents. Et puis, un nouveau carton, avec cette fois ci à l’intérieur, un bébé.  »A élever« , précise l’étiquette. Commence alors le décompte, comme si l’avancée des jours était un enfer. Le schéma social couple-maison-bébé, un piège. Une routine lancinante sans échappée possible, face à un petit garçon au comportement et à la voix robotiques, qui grandit, laissant les traces de ses centimètres obtenus sur un coin du mur.
Le film est une fable sur le quotidien dans sa plus stricte inquiétude, pointe le factice des pelouses, l’absence de goût des fraises offertes en cadeau de bienvenue. Bienvenue dans la ronde de la vacuité, où tout s’avère mécanique et remplaçable. Tom (Jesse Eisenberg, toujours juste) se mue en Sisyphe, et creuse, creuse, creuse le jardin, dans une volonté d’aller au fond des choses, poussé par la survie. Échapper à ce décor en toc.

Le film emprisonne, montre ces deux personnages comme on les regarderait de derrière une vitre d’aquarium se débattre péniblement, ou depuis un vivarium donc. Vie-varium, le mot est opportun. Le film est monstrueux dans ses répétitions, dans tout ce qui fait tourner en rond, attendre, creuser sans fin. Et il ose le vrai monstre à l’image – on vous laisse le découvrir.
Jamais achat immobilier ne saurait être dorénavant mieux réfléchi.