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Viendra le feu : climatologie de la tristesse

Après deux ans de prison pour un incendie volontaire, Amador bénéficie d’une libération conditionnelle et rentre dans son village, où l’accueille sa mère et le jaugent les habitants. Pour son deuxième long métrage (après Mimosas, présenté en 2016 à la Semaine de la critique), Oliver Laxe apparie avec bonheur une Galice détrempée et une mise en scène aride.

Dans la forêt, de nuit, deux abatteuses fauchent des arbres comme s’ils étaient de simples fétus de paille ; ailleurs, et plus tard probablement, un hélicoptère survole la zone d’un incendie fraîchement éteint. Entre ces deux visions, splendides, de pures présences machiniques (véhicules qui pourraient aussi bien se mouvoir par eux-mêmes, sans pilote ni conducteur), le film, qui, longtemps, baigne dans un sfumato plus ou moins prononcé (la brume tamise, ou sculpte, les paysages hivernaux du massif galicien), s’offre dans le plus simple appareil, sous la forme d’une chronique nourrie de gestes quotidiens. Il y a bien, çà et là, l’embryon d’un enjeu dramatique, la velléité d’une intrigue, mais le film s’obstine à les laisser au stade du possible.

On s’en doute : la mention de l’incendie passé – dont par ailleurs on ignore tout des circonstances – vaut pour la garantie de celui à venir. La promesse du titre sera tenue, elle n’aura pas été le point d’orgue d’une montée en tension ou en température. Le départ de feu n’était qu’ajourné ; l’été allait venir, la brume se dissiper, les conditions climatiques seraient réunies. Mais, outre cette approche prosaïque, le film est également travaillé par une forme d’infra-fantastique, un rapport au paysage d’un romantisme sec : Amador, le calme, le taiseux (et qu’un personnage qualifie de pauvre type) embrase-t-il la forêt du regard, lui communique-t-il la tristesse, ou la colère (rentrées à un point tel que lui-même semble ne pas en connaître l’origine : quelque chose, dans sa solitude, son statut de quasi paria, lui échappe de toute évidence autant qu’à nous), que son visage (indéchiffrable) et ses mots (rares) ne parviennent pas à exprimer ? L’incendie en est-il la manifestation ?

On pourra reprocher à Viendra le feu de se complaire dans une forme d’aridité protocolaire, de prendre trop de précaution à ne rien contextualiser, et à ne rien formuler d’un tant soit peu explicite. Reste qu’il faut avoir sacrément confiance en son cinéma pour faire feu (formel) d’un si petit bois (d’histoire).

Viendra le feu, Oliver Laxe