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Un Certain Regard 2019 : le palmarès commenté

Tandis que les spéculations sur les grands lauréats de la compétition vont bon train, petit retour sur le cru 2019 d’Un Certain Regard, qui a remis ses prix hier soir. Le jury présidé par Nadine Labaki (Prix du Jury pour Capharnaüm en compétition l’an dernier) a remis le Prix Un Certain Regard à La Vie invisible d’Euridice Gusmaode Karim Aïnouz, adaptation du roman éponyme de Martha Batalha. L’histoire, dans le Brésil des années 1950, de deux sœurs entretenant une relation fusionnelle qui se retrouveront séparées par une série de mensonges et de dissimulations. Une fresque romanesque émouvante sur fond d’émancipation féminine contrariée, qui avait provoqué l’engouement du public lors de sa présentation lundi soir (l’équipe a reçu la standing ovation la plus longue de la section). La mise en scène est extrêmement maîtrisée, le jeu des deux comédiennes principales est impeccable et l’immersion totale. Si le film est indéniablement réussi, on peut regretter ce choix plutôt classique et consensuel au détriment de propositions plus ambitieuses.

C’est là que le reste du palmarès intervient ; le jury a en effet fait le choix de la nouveauté en récompensant plusieurs jeunes cinéastes : des seconds longs-métrages tout d’abord, comme Beanpole de Kantemir Balagov (déjà sélectionné par Un Certain Regard en 2017 pour Tesnota), Prix de la mise en scène, et Viendra le feu d’Oliver Laxe, auréolé du Prix du jury. Deux premiers films ont ensuite reçu un prix ex-aequo : La Femme de mon frère, comédie douce-amère assez inégale réalisée par Monia Chokri, et The Climb de Michael Angelo Covino, ont tous deux été désignés « Coups de cœur du jury ». Le Prix spécial du jury a été décerné à la proposition radicale d’Albert Serra, Liberté, et la Mention spéciale au Jeanne de Bruno Dumont – deux œuvres fortes et particulièrement clivantes dont la sélection illustre la volonté de Thierry Frémaux de redorer le blason d’une section dénigrée, souvent considérée comme un fourre-tout intéressant mais jamais brillant.

Enfin, le prix le plus enthousiasmant est celui décerné à une Chiara Mastroianni humble et émue (il s’agit du premier prix de sa carrière) pour honorer sa parfaite interprétation de Maria dans Chambre 212, où Christophe Honoré convoque ses thématiques favorites sous la forme d’un quasi huis-clos enchanteur. L’éclectisme du jury – de la sensibilité exacerbée de Nadine Labaki à la douce folie de Marina Foïs, en passant par l’audace et l’énergie de Lukas Dhont – laissait présager une probable difficulté de consensus. Le nombre de prix remis en est la preuve, mais confirme aussi une élévation du niveau de la section Un Certain Regard qui a su cette année ne pas se laisser intimider par les sections parallèles, notamment la Semaine de la critique, dont la sélection était curieusement assez faible. Exception ou réel changement de cap ? Rendez-vous l’an prochain pour le vérifier.