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Tremblements : le retour magistral de Jayro Bustamante

Grand bourgeois, marié et père de deux enfants, Pablo, 40 ans, tombe amoureux de Francisco. Mais dans le Guatemala contemporain dominé par les églises évangéliques et une perception quasi sacrée de la masculinité, il ne fait pas bon se déclarer homo. Magistral.

Deuxième film du franco-guatémaltèque Jayro Bustamante, qui avait déjà livré le très remarqué Ixcanul (Ours d’argent Berlin 2015), Tremblements est un film fascinant qui, comme pour le précédent, donne de la société guatémaltèque et de ses entraves une image des plus percutantes. Société de grande religiosité et d’hyper machisme, auquel les femmes comme les homosexuels payent un lourd tribut – la femme de Pablo n’est pas moins victime que Pablo lui-même – elle broie consciencieusement au nom de la bienséance ceux là-mêmes qui voudraient échapper aux règles normatives qui la structurent. Il est curieux d’observer combien tous ici s’obstinent à faire l’économie de la psychologie, comme si la sexualité et les choix qu’elle impose n’était qu’un effet de la seule volonté, et l’homosexualité une déviance ou un désordre du caractère que la foi peut soigner. Car le poids de la religion est ici vertigineux et la mainmise des églises évangéliques totale. Partout où l’État faillit, le religieux, puissant et insidieux, s’invite. Ces Tremblements du titre – qui sont aussi ceux, violents, du spectateur -, renvoient à celui, bouleversant – car si cher payé – du désir de Pablo pour Francisco, à celui d’une société finalement bien incertaine sur ses bases et enfin à celui de la terre, le Guatemala étant une région de séismes. De tous ces tremblements, Jayro Bustamante tire un film magistral, qui explore sans complaisance mais non sans grand talent la société guatémaltèque, à la fois si rigoriste sur le plan des mœurs et si libérale sur le plan économique, comme en témoigne le personnage de Rosa, la bonne indienne, si subtile et fine, qui semble pourtant faire partie des meubles de cette famille de nantis blancs qui brise avec une bonne conscience parfaite l’un de ses fils.

Nathalie Zimra

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 10 avril – dans le n°2150 des Fiches du cinéma.
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