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Roubaix, une lumière : sage comme une image

C’est d’abord une pirouette de l’auteur : le film étonne, car détonne, dans la filmographie d’Arnaud Desplechin. Roubaix, une lumière, est un polar tout en retenue. Effacée derrière un nouveau genre, le pur film policier, la patte du cinéaste tant aimé ne s’y fait pas remarquer.

Le récit prend place dans un commissariat de Roubaix, où un jeune lieutenant vient d’être affecté et où les affaires courantes concernent la fugue d’une adolescente, le viol d’une fille de 13 ans, l’incendie d’une voiture et quelques petites délinquances. Le film ne montre pourtant aucune violence. Il faut dire que le commissaire est d’un calme monacal. Cet homme ne dort pas, force le respect sans dire un mot plus haut que l’autre et ne lésine pas sur les sourires bienveillants et mots de sagesse. « Je ne m’énerve jamais. Cela demande trop d’efforts ». Il aurait même le don de déceler instinctivement, sans aucun doute, la culpabilité ou l’innocence d’un suspect. Après une longue présentation des lieux et du contexte, le film s’attache – enfin ? – à une enquête en particulier, celle concernant le meurtre de Lucette, 83 ans. L’image se resserre d’un coup sur Claude et Marie, deux pauvres filles suspectées d’un meurtre et victimes de la vie.

Arnaud Desplechin se rappelle ce fait divers de l’hiver 2002. Il y entre carrément. Et décrit sans rien inventer la misère des quartiers de Roubaix, sa ville natale. Mais le Roubaisien perd en justesse quand il ne part pas de lui pour raconter. Il explique plus qu’il ne crée. Le caractère placide du commissaire n’est par exemple pas crédible, car il est trop peu contrasté. Le réalisateur l’annonce lui-même : « Ici, tout est vrai ». C’est paradoxal car le prisme de la réalité par lequel il veut absolument passer lui fait perdre en réalisme. Si Desplechin a longtemps démontré qu’il maîtrisait les effets de mariages, de mouvements, entre les dialogues et la mise en scène, il quelque chose de lisse bride l’ampleur de ce qu’il veut montrer. Outre la faiblesse des reliefs, le problème réside dans la construction lacunaire d’un récit en manque d’angle et de balance. Le scénario s’engage dans une histoire puis dans l’autre sans aucune fluidité, comme s’il cherchait encore son sujet.

Bien que non signé, le film reste néanmoins une œuvre de cinéma. C’est une plongée noire, maîtrisée, dans cette Roubaix déchue. Une exploration de la condition humaine, sale et pathétique. Et s’il ausculte, Desplechin prend soin aussi de faire ressortir des lumières : l’empathie d’un commissaire qui dit à une meurtrière : « je ne veux plus que souffriez », ou encore les retrouvailles d’une adolescente avec ses parents. Il y a la férocité. Il y a aussi la bonté. Tout en simplicité.