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Portrait de la jeune fille en feu : la passion dans le regard


Une apprentie peintre est chargée de réaliser le portrait d’une jeune femme, en vue d’une demande en mariage. Naissance d’une passion ponctuelle et d’un amour pérenne : Céline Sciamma envoûte avec ce
Portrait… d’une impressionnante maîtrise et d’une grande subtilité.

Pour son premier film en costumes, Céline Sciamma filme la naissance du désir amoureux, à travers le regard d’une peintre, Marianne. Sa rencontre avec Héloïse, un modèle imposé et qui refuse de prendre la pose, est l’occasion pour l’artiste en devenir de comprendre l’adage selon lequel pour réussir son œuvre, il faut réussir son sujet.Voilà pour le premier tiers du film, consciemment froid et figé. Car ensuite, la cinéaste rebat les cartes pour filmer un moment suspendu dans le temps. Quelques jours de grâce dans la vie de ces deux femmes, qui se trouvent et se découvrent, envisagent leur monde différemment. À mesure que les émotions submergent Marianne, Sciamma se focalise sur les regards plutôt que sur des dialogues illustratifs. L’une des plus grandes qualités du film est d’ailleurs son scénario, divinement écrit et épuré au maximum, qui laisse à la cinéaste l’espace pour capter l’alchimie entre ses deux comédiennes, tout en bénéficiant de la magnifique photo de Claire Mathon.

Ce mélodrame déchirant, d’un dépouillement virtuose culminant dans une scène finale mémorable, doit autant au talent de mise en scène de Sciamma qu’à celui de ses actrices : on connaissait la toujours géniale Adèle Haenel, on parlera, ici, longtemps de la prestation de Noémie Merlant. Et, comme tout film de Sciamma, Portrait de la jeune en feu est éminemment politique. La réalisatrice ne fait qu’évoquer la condition féminine tout au long du film. Et ce n’est jamais de trop ou malhabile, au contraire. Si l’on cherchait un grand film en compétition pour se rassurer sur le niveau du festival, nous voilà servis.