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Litigante : une affaire de mères

Cinq ans après Gente de bien, le Colombien Franco Lolli revient à la Semaine de la Critique avec Litigante, centré sur une quadragénaire à un tournant de sa vie. Contournant les clichés inhérents à son sujet, il livre un portrait tendre et personnel, mais limité par sa propre modestie.

Silvia, avocate, élève seule son fils de 5 ans. Un scandale de corruption éclabousse son département et menace son poste comme sa probité. Et sa mère, Leticia, vient d’apprendre qu’elle souffre d’un cancer désormais incurable… Tous les éléments sont en place pour faire de Litigante un “film à message” : un personnage central fort, une panoplie de thèmes – maladie et mort, filiation, mère célibataire, charge mentale, corruption… – auxquels ne manqueraient que des hashtags. Aspirant à l’universalité, ce type de film échoue trop souvent à émouvoir, ne proposant en guise de personnages que des archétypes interchangeables. La grande qualité dont fait ici preuve Franco Lolli (Gente de bien, sélectionné à la Semaine de la Critique 2014), c’est très justement de savoir donner chair à ses personnages. Silvia, sa mère, sa sœur, son compagnon : tous s’incarnent à l’écran non comme des entités vagues, mais comme des individus à la personnalité unique. Lolli a ainsi le talent de mettre en scène l’ambivalence des sentiments de Silvia lorsqu’elle revoit Antonio, animateur radio qui l’a, de son point de vue, malmenée à l’antenne. La relation qu’ils vont entamer se développera de façon organique et naturelle, se mêlant au quotidien agité de Silvia. Sans jamais surcharger son récit, le cinéaste étudie tous les aspects de la vie de son héroïne – famille, travail, relation amoureuse – et se focalise sur le rapport conflictuel qu’elle entretient avec sa mère, tout au long de la maladie de cette dernière, et à mesure que Silvia s’en occupe comme son propre fils. Dès lors, la conclusion abrupte pour laquelle a opté Lolli peut troubler : était-on en droit d’aspirer à une fin plus nuancée, porteuse d’une forme d’accomplissement ? Si film évite le piège de l’universalité grâce à sa mise en scène et ses interprétations, sa modestie finit par en limiter la portée.