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Les Particules, sous l’humus de la classe moyenne

Drôle de film protéiforme, terrassant et badin, que ces Particules, qui oscille sans cesse entre mouvement fantastique et décélération naturaliste, sans trancher – épousant ainsi avec brio les errances transitoires de ces héros velléitaires, mais résolus à enfin habiter l’Espace.

Les Particules, ce sont celles sous les pieds empêchés qui filent à toute allure, dans un simili big-bang, accélérés par le CERN. Les Particules, ce sont aussi des adolescents, vivotant dans le pays de Gex, non-lieu à la frontière franco-suisse, zone-tampon, ni champignonnière péri-urbaine, ni paradis montagnard. Les Particules, c’est donc un film de tension, de pôles, c’est Kiyoshi Kurosawa qui permute avec Les Beaux gosses, c’est une adolescence qui – cauchemar suprême – perd son apparat transitoire, c’est la mort tapie dans la politesse, et c’est le désir oblique qui naît dans les “no adult’s land” pavillonnaires. Dès lors, le film est nécessairement souterrain, dramatiquement (les visions où PA, le héros voit se dyn-habiter l’espace, avec la douleur sourde de celui qui “voit mieux”), géographiquement, avec ses maisons de plain-pied qui nient toute aspiration verticale, et même discursivement – comment sur-vivre dans cet espace du monde si calme et si enclin au chaos, où sous l’humus de la classe moyenne triste se niche la recréation des conditions d’existence même de l’univers.

À ce petit jeu vertigineux d’échelles, Blaise Harrison parvient à faire naître la beauté d’un rien, comme dans ces magnifiques trouées rohmériennes où l’amour est avant tout cette zone où les cheveux de l’être aimé se mêlent au duvet naissant de la joue (belle métaphore d’un Beau qui n’est bizarre que tant qu’il est point aveugle, comme l’adolescence), et à terrifier avec peu – une migraine, une apparition, un chasseur, un arbre tortueux. Les Particules, c’est donc aussi, et surtout, des jeunes qui cherchent enfin l’au-delà oblatif, cet horizon que l’on atteint lorsque enfin on arrête de s’esquiver, ce réel jamais si vivace que lorsqu’on se cogne contre ses murs putréfiés.

Les Particules, Blaise Harrison