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Le Daim, méta-stase

Au Poste avait semble-t-il ouvert une brèche dans le cinéma de Dupieux (brèche ouverte grâce à la vertigineuse conclusion américaine de Réalité), faite d’élans langagiers nouveaux, d’auto-refléxivité mâtinée de références à une insularité populaire (les comédies et polars français des années 80) dont on n’ignorait qu’il pusse être un héritier post-moderne. Le Daim, film d’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, devait – supposait-on – entériner ce changement de cap. Mais, étrangement, rarement film dupieusien n’aura paru aussi empaqueté, alourdi, presque impuissant. Partant d’un postulat particulièrement 60s – un homme (Jean Dujardin) fusionnant avec son obsession (son blouson 100% daim) jusqu’à la rupture – et s’inscrivant dans un non-lieu aussi bien géographique que politique, le film pourrait être l’errance désabusée d’un homme-fantasme, une sorte de fable déflationniste sur la déréliction, n’importe quoi d’un tant soit peu organique (et organisé) ; las, ne reste dans le tamis absurde de Dupieux qu’un substrat paresseux, lorgnant constamment vers le méta-discours attendu (le personnage de Dujardin se piquant de devenir cinéaste, mais en filmant n’importe quoi n’importe comment, écho au No Reason incantatoire de Rubber) et les gags situationnels. Difficile ici de douter de la roublardise de l’entreprise, Dupieux n’ayant ni à asseoir sa légitimité, ni à douter de sa pérennité. Le Daim se caractérise alors par sa feintise, ses pas de côtés, ses modulations en forme paradoxale de contrepoints évidents, mais aussi par une assurance goguenarde qui, il faut bien l’admettre, séduit autant qu’elle agace profondément. Et cette dichotomie entre causes malignes et conséquences sincères accouche d’une contre-façon de film, d’une caricature grossière et opportuniste dont on distinguerait malgré tout, en-deçà des strates auto-référentielles monstrueuses, des traits vivants, des idées en germe, tout un réseau de signaux souterrains qui font se retourner comme un gant la paresse intello de l’entreprise pour en exposer les drôles d’apories. Beckett parlait d’échouer mieux, Dupieux nous parle de réussir moins bien – objectif brillamment et médiocrement atteint.