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J’ai perdu mon corps : un tour de main

J’ai perdu mon corps, film d’animation semi-fantastique, suit le périple d’une main à la recherche du corps perdu. Bien souvent, si l’on décide de s’intéresser aux personnes amputées, on choisira de se concentrer sur ce qui reste. Pourtant, il existe un phénomène courant : le membre fantôme, qui désigne la sensation que la partie manquante est encore reliée au corps. Le film qui nous intéresse aujourd’hui part justement du point de vue de cette partie fantôme. En soi, l’idée d’illustrer le point de vue d’une main fait de J’ai perdu mon corps un cinéma singulier. Il s’agit en fait d’une adaptation du roman Happy Hand de Guillaume Laurant (par ailleurs scénariste de Amélie Poulain) et le premier long métrage de Jérémy Clapin qui fait preuve ici d’un sens remarquable du rythme. Plus précisément, le récit fait se chevaucher deux histoires. D’une part, il y a cette main qui veut se rapprocher de son corps et se rappelle de souvenirs communs avec ce corps perdu. Vous ne pouvez pas vous l’imaginez bien sûr mais sachez que ce n’est pas facile pour une main de survivre à la traversée d’une ville ! Et celle-ci s’en sort plutôt pas mal ! Le spectateur en est d’autant plus ravi que le réalisateur a un sens inouï du rythme, du cadre et du découpage. D’autre part, il y a Naoufel – quand il avait encore sa main droite – et sa rencontre avec Gabrielle, une jeune femme dont il tombe amoureux. Dans l’univers forcément muet et tactile de la main, naissent de très beaux moments d’émotions comme celui où elle agrippe les petits doigts boudinés d’un bébé (qui ne voit pas l’incongruité d’une main sans corps). Le contraste entre l’a priori horrifique et la beauté de l’instant est très touchant. De manière générale, l’animation est ici perfectionnée à l’extrême. C’est stylisé, maîtrisé. Il faut savoir que le film a pris 6 ans à être réalisé. Malheureusement, le choix d’une bande musicale quasi omniprésente diminue l’impact sur les émotions car à trop vouloir les embarquer dans sa danse, elle semble parfois forcée. Néanmoins, une telle main, incarnée, capable de voir et de s’asseoir, une main avec une tête quoi… Il faut le voir pour le croire. J’ai perdu mon corps, c’est donc un très beau titre mais aussi un très beau film où l’on suit l’évolution d’un jeune homme, de la perte de ses parents en passant par celle de sa main, vers la compréhension de son monde. C’est-à-dire vers l’acceptation de ses traumatismes, de ses échecs et de ses blessures qui l’aidera à appréhender avec optimisme son destin à une main.