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Sur une plage grecque aux allures de paradis, un couple d’Allemands et son fils voient brusquement arriver un canot dont débarque une cinquantaine de migrants. Ce choc de deux mondes est le point de départ d’une histoire à plusieurs points de vue, chacun montrant un bout de la réalité de la crise migratoire en Europe.

Cette fiction franco-allemande sur les migrants arrive à point nommé, juste avant les élections européennes. Le projet était pourtant dans les tuyaux depuis plusieurs années, d’abord confié au réalisateur allemand Edward Berger (Patrick Melrose) qui s’est désisté pour être remplacé par le Français Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien). Ce dernier a conservé l’esprit d’un récit choral mais, avec une nouvelle équipe de scénaristes, il a retravaillé les personnages et s‘est beaucoup documenté sur le sujet.

Par souci de réalisme, la série a été tournée dans plusieurs langues, celles des pays d’accueil comme celles des migrants (1), et notamment dans le véritable camp de réfugiés de Skaramagas près d’Athènes. C’est là qu’est censé se dérouler une expérimentation de gestion privée, qui existe bel et bien dans certains pays européens. En directrice de plus en plus sous pression, Sylvie Testud montre ici parfaitement l’ambiguïté entre business cynique et bonnes intentions.

(c) Pierre Marsaut

Parallèlement, on suit la tragédie – grecque ! – de deux gardiens du camp, la dangereuse cavale d’un jeune Nigérian, le quotidien du couple allemand qui héberge un migrant, une famille syrienne qui demande l’asile politique en France. L’ensemble du casting, international, est à la hauteur de l’enjeu : confronter le spectateur au réel et non à de grandes thèses. Cela passe notamment par l’émotion, mais elle n’est jamais trop appuyée, elle évite le misérabilisme et l’apitoiement qui pourraient trop facilement prendre à parti le spectateur.

La belle réalisation de Dominik Moll souligne la diversité des problèmes et des points de vue, de l’aveuglant soleil athénien qui n’a rien d’hospitalier à la froide lumière des bureaux bruxellois, en passant par l’aride campagne grecque. Avec la famille syrienne ou le couple allemand, on reconnaît bien la patte du metteur en scène qui sait filmer l’intime tout en lui donnant un côté inquiétant.

Enfin, Dominik Moll évite la maladresse typique du réalisateur de cinéma : Eden est une vraie série, à la narration découpée comme telle, avec des suspenses de fin d’épisode qui ne font pas artificiels.
Sur un sujet ô combien compliqué, voici le pari réussi d’une fiction ancrée dans le réel, qui interroge sans jamais ennuyer ni moraliser.

(1) On vous conseille fortement la VO.

EDEN de Dominik Moll

Avec Sylvie Testud, Juliane Köhler, Wolfram Koch, Maxim Khalil, Diamand Abou Abboud, Theo Alexander, Michalis Ikonomou, Joshua Edoze…
6 x 50’ sur Arte les 2 et 9 mai 2019 / disponible sur Arte VOD-DVD

Bande-annonce :