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Cannes, jour 4 – Douches froides

Un petit escargot en goguette sur la Croisette

Ça y est c’est le week-end, l’arrivée du gros de la troupe, des Américains et des traqueurs de soirées. Est-ce que la Croisette va sortir de sa léthargie ? Pas gagné d’avance. En tout cas aujourd’hui c’était encore un peu mou, sans doute aussi parce qu’on a passé la journée sous une petite pluie froide et très persistante. Bon comme on dit en Bretagne, il ne pleut que sur les cons, donc plutôt que de prendre le risque de casser un parapluie j’ai mis mon pull qui gratte et affronté le crachin en regrettant presque de ne pas avoir pris ma veste de quart. Ça passerait ici, après tout Cannes est un port même si on ne croise pas les mêmes marins qu’à Paimpol. Pour couronner le tout notre immeuble est privé d’eau chaude donc j’ai fait ma toilette comme dans un petit voilier, les pieds, les cheveux et un gant de toilette. C’était une bonne idée, ça m’a réveillée ! Faudrait pas que ça dure trop longtemps par contre. Sauf que là c’est dimanche.

Les pharmacies ont sorti l’artillerie lourde

Donc je suis partie tranquillement sur le bord de mer en admirant les yachts, j’ai fait un saut au Palais pour la forme et je suis repartie faire du shopping à la pharmacie. Vous trouvez tout dans les pharmacies, vous avez même à manger ou de quoi vous habiller et souvent les produits de toilette sont moins chers qu’en supermarché, vous avez des litres de gel douche à 2 euros. Je cherchais juste des vitamines et je suis tombée en arrêt devant le(s) stand(s) des énergisants et heureusement une pharmacienne est arrivée tout sourire pour me conseiller. J’ai hésité avec un truc qui s’appelait « Nuit blanche » et me promettait des effets similaires à l’équivalent de trois rails de coke, j’ai pris mes vitamines et je suis allée voir mon petit film afghan du jour, The Orphanage, de Shahrbanoo Sadat. C’était la projection un peu people du jour, toutes proportions gardées. On était assis à côté d’un couple sympa dont on nous a dit ensuite que c’était Nicolas Philibert et sa compagne, il y avait le Premier ministre du Luxembourg dans la salle avec son mari, on a vu Julie Gayet qui se promenait dans les allées.

L’équipe de The Orphanage avec, à droite, la réalisatrice Shahrbanoo Sadat. Désolée c’est encore flou.

Shahrbanoo Sadat a 29 ans, elle est Afghane – je ne sais pas si elle vit encore à Kaboul – et elle vient déjà à la Quinzaine pour la troisième fois. C’est un peu la chouchoute de la sélection, elle est toujours de bonne humeur, très combative. Aujourd’hui elle est venue présenter le film en jean avec un t-shirt pour sensibiliser les gens au sort des femmes en Afghanistan. J’avais accepté l’interview avant de voir le film parce qu’elle a toujours plein de choses à raconter. On l’avait rencontrée il y a quelques années déjà pour Wolf and Sheep qui avait remporté un prix et j’avais adoré sa personnalité. On se voit lundi. Le film est inspiré par les souvenirs d’un de ses amis, c’est une chronique adolescente dans le Kaboul de la fin des années 1980, le genre de films que j’adore mais mon collègue pas du tout. Je m’en fiche ça m’a redonné la patate, j’ai aimé cette photographie très ensoleillée, les chansons Bollywood et les images du voyage dans une Russie qui se pose en eldorado du socialisme. Ce n’est pas prétentieux, c’est plaisant jusqu’à une avant-dernière séquence qu’on voit venir mais fait néanmoins l’effet d’une douche froide.

La fin du socialisme, c’est aussi le sujet d’Alice et le maire, de Nicolas Pariser, avec Fabrice Lucchini et Anaïs Demoustier. Devinez qui est Alice et qui est le maire. Le scénario est brillant, la mise en scène assure le service minimum. C’est l’histoire d’une fille qui se retrouve presque par hasard à compiler des conseils de réflexion pour un maire de Lyon qui ne réussit pas à se poser plus de cinq minutes parce qu’il doit toujours faire quelque chose « asap ». Chaque scène en duo est l’occasion de poser des pistes de réflexion et leur émulation aboutit à une séquence formidable d’écriture de discours qui est un morceau de bravoure. Lucchini est parfait, Demoustier très bien aussi qui continue de balader ses chemisiers à fleurs dans le cinéma français. C’est un grand film politique qui dissèque les maux du système politique actuel, où l’immédiat primera toujours sur une vision à long terme. Et là aussi, la fin est édifiante.

C’est vraiment histoire de dire qu’on était là parce qu’on ne connaît pas grand monde sur cette photo là encore très artistique de l’équipe de Give me Liberty

Le dernier film de la journée c’était Give me Liberty de Kirill Mikhanovsky. Le réalisateur était à l’image de son premier long-métrage : surexcité et trop long quand il a présenté ses acteurs dont il estime qu’ils sont tous l’avenir du cinéma américain. Il a été longuement applaudi au générique de fin, alors que moi ça faisait déjà trois quarts d’heure que j’avais envie de m’en aller. Quelques fois vous passez à côté d’un film, je n’exclus pas d’avoir un peu vite jugé cette œuvre dont je suis sûre qu’on dira demain que c’est une belle galerie des laissés pour compte de la société américaine – les immigrés, les Noirs, les handicapés… -, une jolie histoire de solidarité mêlant humour et émotion. Tous les films sont par essence manipulateurs mais dans celui-ci j’ai trouvé ça trop flagrant, le côté « Strip-tease » fonctionne un temps puis devient très procédurier. Et ça n’en finit pas de finir, avec une séquence d’émeute qui arrive comme un cheveu sur la soupe comme pour crucifier un spectateur qui n’aurait toujours pas compris le message. Il y a, enfin, une espèce de running gag avec une conserve de chou vert que les personnages n’arrivent pas à ouvrir que j’ai trouvé idiot parce qu’à aucun moment ils ne pensent à taper le cul de leur pot de verre. Alors que moi j’ai réussi à ouvrir du premier coup ma boîte de sauce arrabiata en rentrant. Malheureusement ça ne ramènera pas l’eau chaude.