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Cannes, jour 3 – Zombification

Hier soir j’ai essayé d’écrire ma chronique et je mettais cinq minutes à assembler une phrase sur le clavier, j’ai regardé ce que j’avais fait et on aurait dit que mon neveu de deux ans avait joué avec mon ordinateur. Aujourd’hui j’ai fait grasse matinée – me suis levée à 8 h 45, la rebelle – ça tombe bien je peux commencer à 15 heures. J’ai un peu trop fait la fête, la formule consacrée pour dire que j’ai trop bu et surtout que j’ai bu n’importe quoi. Au début j’étais sérieuse, à la soirée Eurozoom j’alternais le champagne et l’eau gazeuse, mais à la soirée de l’Acid après c’était le grand n’importe quoi, vu qu’on s’était donné la consigne de tout commander en triple sans vraiment se concerter sur le contenu. J’ai commandé trois bières, mon collègue a pris trois verres de rosé et un autre trois cocktails, et après ça je sentais que le lendemain allait être difficile. A un moment on a regardé la plage qui dansait sur un vieux machin genre Abba ou Blondie et on s’est dit : « Ah ben ça y est là on se sent à Cannes ».

La fête Eurozoom

On avait commencé la journée sérieusement, en se pointant aux aurores au film de Bonello, Zombie Child. Je ne peux pas dire que je me suis ennuyée mais j’ai passé la première heure à me demander ce que le cinéaste voulait nous raconter et la deuxième à me dire que si après la première heure j’avais pas compris c’est que quand même le film avait un problème. Alors il y a plusieurs histoires qui s’entremêlent, celle d’un gars à Haïti qui meurt et qui se réveille, il devient esclave dans une plantation de cannes à sucre et il mange une espèce de soupe de zombie (je veux pas m’avancer mais je pense qu’il y a de la drogue dedans), et après il mange de la viande et il redevient vivant.Oui c’est anti-vegan. A côté de ça on a un récit aujourd’hui de lycéennes de la Légion d’honneur qui écoutent du Damso, l’une d’elles est la petite fille du zombie, et elle fait des bruits bizarres la nuit. Bonello filme très bien ça c’est acquis, j’aime plutôt bien les scènes à Haïti, ça m’a amusé deux minutes de voir l’ambiance au sein de la Légion d’honneur – quand j’étais ado dès que j’avais une mauvaise note mon père menaçait de m’y envoyer – par contre ça manque cruellement d’émotion, c’est très théorique et désincarné. Le film de zombies c’est le thème de l’année, il y en a dans toutes les sélections. Bonello lui nous fait un petit carton pour nous expliquer qu’à Haïti il y a vraiment eu plein de zombies, bon je ne suis pas sûre de le croire.

Après le désormais presque traditionnel petit déjeuner sur la plage, on a vu un film japonais très rigolo. On y allait un peu en traînant la patte et on est ressortis avec la banane. Donc là le résumé est un peu complexe, c’est un jeune boxeur qui s’appelle Leo et qui découvre qu’il a une tumeur au cerveau. Il se balade dans la rue et il voit un mec qui agresse une jeune fille, il le dégomme et il fuit avec la meuf, du coup la moitié de la ville est à ses trousses : les yakuzas, les Chinois, un type qui joue double jeu, la compagne d’un dealer qui marche comme un zombie – décidément – etc. Il y a des courses poursuites, ça flingue, ça décapite, ça gicle le sang, ça s’amuse et nous avec. Je me suis fait la réflexion que la presse japonaise était quand même au taquet. Avant le film il y avait déjà plein de caméras Sony au fond de la salle prêtes à accueillir les réactions du public, ils devaient être contents parce que ça riait beaucoup. Après le film je faisais quand même bien attention en traversant la route, rapport au fait que dans Hasukoi (le titre anglais c’est First Love et franchement c’est n’importe quoi!) dès qu’ils traversent la rue ils se prennent une bagnole ou un camion.

L’équipe d’Oleg présentée par Paolo Moretti, le délégué général de la Quinzaine

J’ai voulu acheter à manger et je suis passée dans le seul fast food proche de la Quinzaine, j’ai vu que le jambon fromage était à 7 euros et j’ai jeûné. On ne peut pas reprocher aux Cannois d’essayer de se faire un peu d’argent sur le dos des festivaliers mais j’ai mes limites. Donc j’ai enchaîné sur Oleg en priant pour que mon ventre ne gargouille pas trop. C’est pas mal Oleg, le film de festival typique qui sortira probablement dans trois salles mais qui raconte quelque chose. L’histoire d’un type qui – je vous le donne en mille – s’appelle Oleg, il est Letton et vient travailler dans un abattoir en Belgique. Oleg est boucher (ce film là non plus n’est pas vegan). Il se fait virer à cause d’un Roumain et un Polonais lui propose du travail. A partir de là tout dérape, le Polonais lui pique son portable, son passeport et son portefeuille et l’oblige à aller piquer des bouteilles de vodka et de whisky dans un supermarché. Le héros est un peu abruti – quoique sympathique – mais le méchant est génial. C’est filmé caméra à l’épaule mais ça ne m’a pas donné mal à la tête, la force de l’habitude peut-être. J’aime bien apprendre des trucs dans les films, comme les zombies en Haïti ou, ici, ce phénomène des travailleurs déplacés, les laissés pour compte, les victimes de Shengen. Dans le sac de la Quinzaine j’ai gagné une carte postale et un autocollant qui me rappellent que je dois voter aux Européennes, franchement quand tu sors d’Oleg tu te demandes si ça sert encore à quelque chose.

Après ça j’avais plus ou moins noté que je pouvais aller voir un film à la Semaine ou rattraper un truc dans un cinéma cannois mais j’avais toujours faim et j’ai été faire des courses. Je suis rentrée à l’appartement avec mes deux sacs qui pesaient une tonne en priant pour qu’il ne pleuve pas, et je me suis écroulée. Besoin de recharger les batteries, au sens propre comme au figuré. A Cannes on ne peut pas se permettre de tomber en panne de portable, ne serait-ce que pour régler les problèmes de clés du quotidien, du coup on se promène tous avec des batteries de secours. J’ai somnolé dix minutes et c’était reparti, l’apéro, le dîner, les soirées… Et je suis rentrée comme un zombie du film de Bonello, au radar, en me disant qu’au bout de trois jours j’étais déjà claquée et que je n’avais toujours vu aucun film de la Compétition !