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Cannes jour 2 – Les documentaires, c’est la classe

Qui a besoin de voyager quand il suffit d’aller au cinéma ? Mercredi, je suis allée au Maroc avec le Miracle du saint inconnu, c’était très joli. J’ai pas trop compris l’histoire, un type qui cache du blé sur une colline, il va en prison et il y a un mausolée à la place, du coup il débarque au village où le médecin fait des miracles avec du doliprane. Il y a un chien très sympa, un bon vieux berger allemand qui se fait greffer des dents en or et ça j’ai bien aimé. Le village est caché au milieu du désert, c’est une bulle un peu poétique et un peu atemporelle. Hier on est partis en Géorgie avec And Then We Danced de Levan Akin. On avait lu le speech sur le programme et c’était exactement ce à quoi je m’attendais : c’est très bien filmé, il y a de la bonne musique mais le scénario je l’ai vu cent fois au cinoche : un gamin qui découvre qu’il est gay quand débarque un bel éphèbe dans son cours de danse, mais en Géorgie c’est pas si simple. Un récit initiatique classique qui donne quand même envie de se prendre un passe pour la saison 2019-2020 de l’opéra de Tbilissi, parce que les scènes de danse sont vraiment superbes. Et le centre-ville à l’air sympa. Il faudrait que je regarde sur Expedia à l’occasion.

Les lycéens cherchant en vain une connexion à Snapchat dans la salle de la Quinzaine

Alors à la Quinzaine ils ont des initiatives parmi lesquelles celle d’inviter des classes de lycéens, ce qui donne lieu à des situations assez cocasses. Mercredi après The Thing il y avait une prof un peu en panique qui hurlait comme ça au milieu des rangées qu’elle avait perdu deux élèves, peut-être partis en goguette sur la Croisette chasser les gamin.e.s endimanché.e.s qui quémandent des invitations. Moi c’est ce que j’aurais fait à leur âge, goûter un peu les joies de cette espèce de grosse bulle d’hyper-représentation en mangeant des glaces au caramel. Devant le Levan Akin ça n’a pas loupé, ils étaient là aussi et je crois que les lycéens de maintenant ont un petit problème avec la sexualité parce qu’ils riaient comme des petits gorets dès qu’il y avait la moindre scène sexuelle – ça restait très soft en plus, je rassure les parents. Il se sont aussi marrés quand Merab, le héros – acteur formidable au demeurant -, enlève des affiches de son mur mais laisse celle de Chihiro. Trop métaphysique pour moi.

Les GM&S sur la plage de la Quinzaine

La veille on avait décidé de ne pas aller à la fête de la Quinzaine et je crois qu’on a bien fait parce que même sans ça on n’était pas super frais hier matin. Après le film du matin on a été se prendre le petit déjeuner sur la plage, il faisait beau, et moi j’ai foncé voir le Lech Kowalski, On va tout péter. C’est un doc et ça raconte comment les ouvriers de GM&S, une boîte qui fabrique des pièces automobiles, se sont battus pour sauver leurs emplois. C’est une histoire de résilience et de persévérance, de solidarité surtout. A la fin de la séance une délégation est montée sur scène et ils ont eu droit à une standing ovation. Ils ont donné une Palme d’or à Lech Kowalski et il a gambadé sur les planches avec, c’était chouette. Du coup j’ai eu envie de les rencontrer et l’après midi on a eu une interview avec eux. Ils sont arrivés en meute et ils ont été faire des photos sur la plage, les pieds dans l’eau la tête dans les étoiles. Nous on a discuté avec Jean-Marc et Petit Lu, c’était super de parler avec des mecs qui parlaient de tout sauf de cinéma, qui nous racontaient qu’ils n’avaient pas la bonne machine pour faire les pièces qu’ils voulaient produire des trucs comme ça. A un moment ils étaient sur la plage, avec leurs vestes de travail, et une jeune femme est passée au milieu sapée comme pour une page mode de « Elle », c’était bizarre et c’était Cannes, ce mélange à la fois indécent et excitant entre le grand luxe et la réalité. Moi j’ai quand même souhaité qu’il y ait plus de photos des ouvriers de GM&S que de cette fille qui ne les a même pas calculés. J’avais envie d’un hot-dog pour rendre hommage aux barbecues du film et finalement j’ai manqué de temps j’ai pris un jambon beurre.

C’était ma journée docs. A l’Acid il y avait le formidable Des hommes, une immersion dans la prison des Baumettes, à Marseille. On a discuté avec les réalisateurs, ils ont galéré pour monter le projet, et finalement ils ont eu une liberté dingue. Le film ne prend pas parti, en revanche c’est un édifiant pamphlet contre le tout-carcéral. En fait, en prison, les gens deviennent fous ou se préparent à la récidive. On a discuté de ce que ça faisait de filmer dans l’ancien couloir de la mort, de tous ces types qui ont quitté l’école très tôt pour tomber dans le trafic de stups et qui se retrouvent dans la misère la plus extrême, loin de leurs familles, loin de tout contexte un peu positif qui pourrait leur donner envie de s’en sortir.

Thierry Frémaux, Dan Krauss et les infirmiers du 5B dans une salle clairsemée.
Toujours flou désolée…

On trouvait que deux films c’était quand même la loose du coup après une petite bière au pub près de la gare ont est allés voir 5B. On a couru comme des dingues pour contourner les marches où Elton John donnait son mini-concert au piano et on est arrivés haletants devant la salle du Soixantième en imaginant qu’il y aurait une queue de dingues, en fait il n’y avait vraiment pas grand monde. C’est bien pour nous, dommage pour le film qui est un documentaire extraordinaire sur la découverte du « cancer des gays », les premières années de traitement du sida à San Francisco. A la fin tout le monde avait la larme à l’oeil, à commencer par le jury de la Queer Palm. Le public a attendu la fin du générique et a offert une belle standing ovation – décidément – à Dan Krauss. Je n’ai pas pleuré mais je me suis sentie oppressée – mais en bien – pendant tout le film, j’ai appris plein de choses et je me suis dit que décidément le cinéma permettait de voir ce que l’on refuse de voir ailleurs, les ouvriers qui se battent dans la Creuse, les personnels de prison qui essaient tant bien que mal d’apporter un peu d’humanité dans un milieu inhumain, les infirmiers qui les premiers ont enlevé leurs gants pour toucher les malades du sida. C’était une belle journée. Hir, il yavait aussi à la Quinzaine Cancion Sin Nombre, le plus beau film que j’aie vu depuis des mois. Mais j’en parlerai un autre jour.