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Cannes 2019 : que la lutte commence !

Extrait de la tribune publiée par la SRF (Société des Réalisateurs de Films) à la veille de l’ouverture du festival de Cannes :

Face à un monde saturé d’images de toutes sortes, on a besoin, plus que jamais, de films qui interrompent ce flux, qui offrent un point de vue singulier, complexe et sensible sur le monde contemporain ou proposent de nouveaux imaginaires. Ces films-là sont pourtant de plus en plus difficiles à produire et atteignent de moins en moins souvent leur public. 

La pression du marché est devenue telle aujourd’hui qu’elle contamine tout le processus, de l’écriture à la commercialisation des films. L’idée mortifère qu’une œuvre ne puisse être jugée qu’à l’aune de ce qu’elle rapporte progresse tous les jours dans une indifférence générale et désarmante. […]

Avant de basculer définitivement de l’exception culturelle à la norme industrielle, nous avons souhaité vous alerter. Car il nous semble que seule la prise de conscience de tous est capable d’ouvrir de nouveaux horizons. ”

Extrait de l’édito du catalogue de l’ACID :

À l’ACID, nous défendons des films aux budgets souvent réduits, qui seront portés dans les salles de cinéma afin de rencontrer des publics dont nous connaissons l’exigence, curieux de formes nouvelles, de pas de côté, de regards surprenants. […] Mais pour que le spectateur puisse découvrir ces propositions encore faut-il pouvoir les montrer, ce qui implique de ne pas céder sur le lieu pour lequel nous faisons les films : la salle de cinéma. […]

Devant les offensives venant de toutes parts, nous en appelons aux spectateurs pour prendre la parole et dire leur goût des films indépendants.

Nous invitons aujourd’hui tous ceux qui le souhaitent à se joindre à la réflexion que nous ouvrons. Nous savons que nous serons nombreux, que nous parviendrons à rompre nos solitudes pour mener bataille commune, en pariant sur la mise en partage d’expériences singulières contre les seuls constats comptables. Et si nous avons cette conviction, c’est parce que nous voulons penser depuis cette place du spectateur que nous sommes tous ; non pas simplement la place qu’il paie (un simple fauteuil) mais bien plutôt celle qu’il occupe, comme sujet actif d’une expérience artistique et pas comme simple consommateur passif de contenus.” (Régis Sauder & Idir Serghine, co-présidents de l’ACID)

Extrait de l’édito du catalogue de la Semaine de la Critique :

Le métier de journaliste, comme tant d’autres, est dans la tourmente. Nous ne savons plus guère où va la presse (si ce n’est à la catastrophe), notre profession est chahutée, décriée, mal vue. Réunis au sein du Syndicat Français de la Critique de cinéma et des films de télévision, nous, journalistes, critiques, historiens, continuons à croire en la nécessité de tenir bon dans le métier qui est le nôtre.” (Isabelle Danel, présidente du SFCC)

Extrait du texte publié par Libération le jour de l’ouverture du festival :
Le faisceau de promesses 2019, l’augure d’une édition historique par l’empilement de films désirables de toutes sortes, tout cela échauffe tant l’industrie que le public averti. Mais pareil alignement de facteurs si propices au redressement après douze mois d’érosion des entrées en France place en même temps le Festival dans une situation de quasi crash-test : si avec pareilles munitions, l’ «effet Cannes» devait continuer de perdre des couleurs, il faudra se rendre à l’évidence qu’au gré du chamboule-tout des images, de l’émiettement des pratiques culturelles et de la reconfiguration de l’économie de l’attention au profit de nouveaux acteurs, on a bel et bien changé d’époque, et que le public est un peu passé à autre chose.” (Didier Péron & Julien Gester)

Extrait du discours d’Édouard Baer lors de la cérémonie d’ouverture du festival :

C’est inouï d’être là. Et pourtant ça existe encore ! Ça existe encore la salle de cinéma, ce besoin d’être ensemble. Parce que le cinéma ça n’est pas juste des images, des images meilleures que d’autres, des images pures contre l’impur. Ça n’est pas juste le grand écran contre le petit, lever les yeux plutôt que les baisser. Le cinéma c’est la salle de cinéma, c’est être ensemble. Sortir de chez soi, ce miracle là, plutôt que de rester là à manger des pizzas en regardant Netflix. Ou bien regarder sa pizza. Ou bien se regarder en train de manger sa pizza. Le cinéma c’est le collectif, c’est le groupe, c’est la chaleur humaine ! Ne rentrez pas chez vous ce soir…

À l’heure où débute le festival de Cannes 2019, la conscience qu’il y a le feu dans la maison est incroyablement partagée, et s’exprime de la marge jusqu’au centre, en passant par le milieu. Il ne s’agit plus de défendre tel ou tel pré carré, mais le territoire dans son ensemble. Il s’agit de défendre quelque chose de vivant (le cinéma, avec tout ce – et ceux – qu’il implique) contre quelque chose de mort (l’argent, et le monde qu’il propose). On peut donc prédire du combat à Cannes, dans et hors des salles.

Ce soir sera présenté en compétition le nouveau film de Kleber Mendonça Filho, Bacurau. Son synopsis, venant de l’auteur d’Aquarius, laisse présager qu’il se fera l’écho de cette lutte contre la disparition : “Dans un futur proche… Le village de Bacurau fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que le village a disparu de la carte.”

Demain, 30 ouvrier de GM&S, acteurs d’un combat héroïque contre les puissances de l’argent et d’un film galvanisant de Lech Kowalski (On va tout péter), monteront sur la scène de la Quinzaine des réalisateurs.

Demain, non loin de là, dans le cadre d’une association entre l’ACID et les Fiches, François Barge-Prieur tiendra une permanence, caméra ouverte, pour ouvrir un cahier de doléances audiovisuel des professionnels du cinéma.

Et ce n’est qu’un début…

Que nous soyons entrés dans un autre monde c’est un fait que l’on peut considérer comme acquis. La question est maintenant de savoir si le cinéma parviendra à y garder sa place.