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Cannes 2019 : back to basics

François Truffaut a fameusement dit que tous les Français ont deux métiers : le leur et critique de cinéma. Il faut, à l’approche du plus grand festival au monde, amender ce propos. Tous les critiques (et tous les pros du septième art, en fait) ont également deux métiers : le leur, et délégué général du festival de Cannes. Ce qui rend les commentaires sur la sélection un peu semblables à ceux que l’on peut émettre sur la compo de l’équipe de France de football. Un petit jeu où tout le monde a son opinion, croit savoir mieux, et où le vrai responsable sort souvent perdant (trop de cinéastes confirmés : sélection frileuse ; des jeunes pousses, scandale de la non présence des maîtres, etc.). À la fin, tout comme pour l’équipe de France, c’est au résultat que l’on jugera. Pour le moment, on peut constater que Frémaux semble revenir au fondamentaux. À savoir un mix entre habitués (Almodóvar, les Dardenne, Loach…), cinéastes promus par le mérite (Triet, Porumboiu) et coups de poker sur des jeunes noms prometteurs, propulsés en pleine lumière (Diop, Ly).

Une remarque : le retour dans le giron de cinéastes (Sciamma, Dumont) aperçus la dernière fois chez la rivale historique, la Quinzaine des Réalisateurs, indiquant une probable volonté de récupérer un terrain abandonné aux sélections parallèles. Preuve de cette démarche : la bonne tenue, sur le papier, d’Un Certain Regard, cette étrangeté à la fois parallèle et officielle qui avait, ces dernières années, beaucoup perdu de son crédit, aux dépens de la Semaine de la Critique et de la Quinzaine des réalisateurs. Autre événement non négligeable : la présentation hors compétition des premiers épisodes de la série tournée par Nicolas Winding Refn pour Amazon, qui indique que Frémaux a bien conscience, au-delà des polémiques Netflix, que l’avenir de l’audiovisuel, même au festival de cinéma de Cannes, ne se joue plus sur le petit écran. Un absent de marque, pour le moment : Hollywood. Pas de Star Wars, de X-Men ou de Troie, ce qui indiquerait peut-être une perte de la dimension purement événementielle de Cannes.

Il est vrai que la crise est là, pas tant pour la sélection que pour le vrai cœur industriel : le marché du film, LA raison pour laquelle les professionnels du monde entier se déplacent chaque année, vendant, achetant ou signant. Quiconque se souvient des panneaux de films à venir (et souvent jamais venus) qui inondaient la ville il y a quinze ans, ont senti physiquement cette chute, brutalement accélérée l’année dernière par une absence lourde, celle de Netflix évidemment. La sélection tuera-t-elle le marché ? Car ce sont bien les polémiques sur la diffusion des films qui ont crée un décalage avec une industrie qui, elle, s’est déjà adaptée au changement, et avait donc moins de raison de se déplacer. Derrière les paillettes, la réalité et le poumon économique du festival vacille sous les transformations. C’est probablement ici, loin du tapis rouge, que se joue son véritable avenir.