Rechercher du contenu

BB Zombi

À tous égards, ce film tournant autour du thème du vaudou apparaît comme un projet tout à fait cohérent dans le cinéma de Bertrand Bonello, toujours tendu vers une idée de libération et vers une forme de transe. Se confrontant ici au cinéma d’horreur (vieux fantasme souvent évoqué) à travers une ancienne histoire de “zombification” venant se ramifier dans le présent d’un luxueux pensionnat de jeunes filles, le cinéaste construit son film sur un système de ponts : entre passé et présent, Haïti et Paris, traditions éternelles et modernité transitoire, élites de la nation et damnés de la terre, cinéma éthnographique et cinéma de genre… Le principe est attractif, et le frottement entre la dimension politique – le vaudou envisagé comme pratique révolutionnaire, rituel d’affranchissement et moyen de faire remonter le refoulé des nations – et la dimension purement “tripale” (épouvante, transe…) potentiellement assez inflammable. Et pourtant tout cela reste très théorique et ce film de possession semble étrangement peu habité. On a le sentiment que le film caresse les fascinations dont il se nourrit (fascination pour l’histoire vraie de Clairvius Narcisse, pour le cinéma horrifiques et ses motifs récurrents, pour la jeunesse contemporaine, son langage, ses pratiques compulsives du téléphone, son Damso, son innocence perverse…) mais ne plonge pas dans l’exploration de ce qui motive ces fascinations ou des logiques souterraines qui les lient entre elles. La question qu’on se pose alors est de savoir où est l’auteur ? Car si le style Bonello est toujours là, on peine à retrouver son intensité, ses fulgurances lyriques, la musicalité de ses constructions narratives : bref on peine à sentir ce qu’il a vraiment mis de lui dans Zombi Child.