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Atlantique : un sens du merveilleux improbable

Certes, 3 films ne font pas le printemps, ni le festival de cannes, mais il est permis de se demander si une thématique ne se dégagerait pas avec une rapidité inhabituelle. L’un des attraits de Cannes a toujours été, au-delà des fêtes et du business, ce flash presque subliminal assénant le spectateur, portant en lui une vision panoramique, violente, incomplète mais réelle des préoccupations du cinéma mondial et, à travers lui, de la société, bien évidemment. Or, des enfants se retournant contre les arrangements pour finalement faire brûler la cité dans Les Misérables aux villageois qui retournent contre leurs assaillants riches et (faussement) intouchables, leur propre violence de Bacurau, jusqu’aux fantômes vengeurs d’Atlantiques, les damnés de la terre semblent s’être réveillés pour, tels des zombies de Jarmusch, envahir un monde qui se croyait coupé, à l’abri.

Le premier long métrage de Matti Diop ne finit par ne parler que de cela, après plusieurs pistes et péripéties narratives. La cinéaste greffe sur un cinéma du réel qui semble programmé un surgissement lent, puis irrésistible d’un fantastique qui renvoie aux plus belles heures de Jacques Tourneur. Film d’ombres, mais aussi de vagues et de lumières, Atlantiques filme la ville, l’amour et la pauvreté en y ajoutant un sens du merveilleux improbable, surtout lorsqu’il parvient paradoxalement à l’ objectif  premier d’un cinéma réaliste : redonner voix et chair aux oubliés.